La pandémie de Covid-19 que subissent actuellement les nations est propice à la réflexion. Si elle fait resurgir les querelles académiques, les enjeux de pouvoirs et financiers qui pèsent sur la recherche, elle montre aussi une extraordinaire capacité d’échanges entre les chercheurs, notamment quant à l’identification et la compréhension des mécanismes du virus. Au premier abord, nous paraissons ainsi mieux armés dans la connaissance et donc pour engager la lutte, que n’ont pu l’être nos ancêtres qui ignoraient presque tout des vecteurs des pandémies et ne disposaient pas d’autres armes thérapeutiques que la prière, le bon sens, l’expérience, la quarantaine, le confinement, l’éloignement, le feu, la chaux… avant que l’hygiène, Pasteur et ses élèves viennent éclairer le chemin du savoir et de l’action.
Il serait pourtant présomptueux de penser que la situation est pour autant maîtrisée ou maîtrisable rapidement. À cet égard, le rappel à la modestie et à l’humilité face au « génie des virus » par d’éminents spécialistes nous renvoie au texte de 1933 de Charles Nicolle dans Le Destin des maladies infectieuses : « Il y aura donc des maladies nouvelles. C’est un fait fatal. Un autre fait, aussi fatal, est que nous ne saurons jamais les dépister dès leur origine. Lorsque nous aurons notion de ces maladies, elles seront déjà toutes formées, adultes pourrait-on dire. Comment les reconnaîtrons-nous ces maladies nouvelles, comment soupçonnerons-nous leur existence avant qu’elles n’aient revêtu leur costume de symptômes ? La connaissance des maladies infectieuses enseigne aux hommes qu’ils sont frères et solidaires. Nous sommes frères parce que le même danger nous menace, solidaires parce que la contagion nous vient le plus souvent de nos semblables. »
Il n’est donc pas inutile de relire les textes de ces pionniers et l’histoire des grandes pandémies, en commençant par celle de la peste de 1720 qui dévasta Marseille et la Provence, Le Hussard sur le toit de Jean Giono, paru en 1951, La Peste d’Albert Camus, publié en 1947, jusqu’au S.A.R.R.A. de David Gruson…
Ch. Nicolle, Naissance, vie et mort des maladies infectieuses, 1930. Réédité en 2020.
R. Dubos, La leçon de Pasteur, Albin Michel, 1987.
R. Dubos, Louis Pasteur : franc-tireur de la science, La Découverte, 1995.
R. Dubos, L’Homme et l’adaptation au milieu, Payot, 1973.
H. Mollaret, J. Brossolet, Alexandre Yersin, un pasteurien en Indochine, Belin, 2017.
M.-M. Petit, Histoire de la lutte contre les maladies infectieuses depuis Pasteur, Ellipses, 2012.
Mirko D. Grmek, Histoire du sida, Payot, 1995.
Mirko D. Grmek, Les Maladies à l’aube de la civilisation occidentale : recherches sur la réalité pathologique dans
le monde grec historique, archaïque et classique, Payot, 1994.
A. Camus, La Peste, 1947, Livre de poche n° 132.
J. Giono, Le Hussard sur le toit, Folio n° 240.
D. Gruson, S.A.R.R.A. Une intelligence artificielle, Beta Publisher, 2019.

