

{"id":15465,"date":"2013-02-01T00:00:00","date_gmt":"2013-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/ricom-web.com\/gestions-hospitalieres\/lhopital-entreprise\/"},"modified":"2018-03-08T11:08:48","modified_gmt":"2018-03-08T10:08:48","slug":"lhopital-entreprise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ricom-web8.com\/gestions\/lhopital-entreprise\/","title":{"rendered":"L\u2019h\u00f4pital-entreprise"},"content":{"rendered":"<span class=\"span-reading-time rt-reading-time\" style=\"display: block;\"><span class=\"rt-label rt-prefix\">Temps de lecture\u00a0: <\/span> <span class=\"rt-time\"> 16<\/span> <span class=\"rt-label rt-postfix\">minutes<\/span><\/span><h3>Dans la premi\u00e8re partie de votre livre, <em>Petite Philosophie de l\u2019entreprise<\/em>\u00a0<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(1)<\/sup>, vous donnez une d\u00e9finition simple de l\u2019entreprise : \u00ab Ensemble de moyens qui produit de la richesse en exploitant la nature, en fabriquant des objets ou en rendant des services \u00bb, puis vous d\u00e9finissez ses antinomies. Quelles sont-elles ?<\/h3>\n<p>La premi\u00e8re antinomie repose sur l\u2019id\u00e9e selon laquelle l\u2019entreprise est en train de se d\u00e9r\u00e9aliser et donc de se virtualiser, c\u2019est-\u00e0-dire de se retirer de son assise physique et surtout humaine. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1980, l\u2019entreprise a consid\u00e9r\u00e9 que le salari\u00e9 co\u00fbtait cher et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas seulement une charge mais une variable d\u2019ajustement. Mais l\u2019entreprise est all\u00e9e plus loin : elle cherche aujourd\u2019hui \u00e0 exister avec le moins de salari\u00e9s possible, devenant un cabinet de marketing qui sous-traite la totalit\u00e9 de sa production. De la m\u00eame mani\u00e8re que les \u00e9cologistes invitent l\u2019homme \u00e0 r\u00e9duire son empreinte carbone sur la plan\u00e8te, l\u2019entreprise virtuelle cherche \u00e0 se d\u00e9mat\u00e9rialiser, se contentant d\u2019appliquer sa marque sur des produits fabriqu\u00e9s en Asie et vendus <em>urbi<\/em> et <em>orbi<\/em>. Cette entreprise fant\u00f4me \u2013 <em>fabless factory<\/em> \u2013 se coupe ainsi des hommes et des produits, se concentrant essentiellement sur ce qui peut optimiser ses profits (marketing, fiscalit\u00e9, cours en bourse, etc.). C\u2019est ainsi qu\u2019une entreprise agroalimentaire vend sa marque en ignorant fondamentalement le contenu de ses produits et les conditions de sa fabrication. Virtuel <em>versus<\/em>\u00a0r\u00e9el : l\u2019entreprise s\u2019est d\u00e9racin\u00e9e, d\u00e9sincarn\u00e9e. Le virtuel n\u2019est pas le contraire du r\u00e9el : il agit sur le r\u00e9el \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une m\u00e9moire informatique ou d\u2019une graine. Cette virtualisation de l\u2019entreprise participe ainsi d\u2019une forme de d\u00e9shumanisation.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me antinomie d\u00e9voile l\u2019opposition de deux logiques : l\u2019\u00e9conomie et la financiarisation (ou sp\u00e9culation). \u00c0 l\u2019origine, l\u2019\u00e9conomie concerne le domaine familial (<em>oikos<\/em> en grec) : il s\u2019agit de produire de la richesse pour la famille. L\u2019<em>oikos<\/em> s\u2019est \u00e9tendu \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 (<em>polis<\/em>), puis \u00e0 l\u2019humanit\u00e9. Il y a donc dans l\u2019\u00e9conomie une finalit\u00e9 sociale et humaniste. Or, l\u2019entreprise cherche aujourd\u2019hui le profit pour le profit, rel\u00e9guant la finalit\u00e9 \u00e9conomique \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan. La financiarisation ne se confond donc pas avec le financement, qui a pour but le d\u00e9veloppement de l\u2019entreprise : elle se donne pour but la simple maximisation des gains. Aristote d\u00e9j\u00e0 distinguait l\u2019\u00e9conomie de la chr\u00e9matistique, la seconde cherchant \u00e0 produire de la richesse pour l\u2019accumuler. Bref, la recherche de l\u2019argent pour l\u2019argent. Le pathos de l\u2019oncle Picsou : cupidit\u00e9 et avarice. Du coup, nous assistons \u00e0 la perte de la logique entrepreneuriale qui est une logique de production de richesse et d\u2019expansion de l\u2019entreprise au profit d\u2019une logique de profit. Vid\u00e9e de ses hommes par la premi\u00e8re antinomie, nous constatons que l\u2019entreprise est vid\u00e9e de son essence dans la seconde.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me antinomie est li\u00e9e au monde contemporain, \u00e0 la vitesse des ordinateurs et des \u00e9lectrons : elle oppose l\u2019homme et le flux, la logique des injonctions aux injonctions illogiques. Le fait pour le salari\u00e9 d\u2019\u00eatre dans le flux l\u2019emp\u00eache d\u2019\u00eatre en lui-m\u00eame. Le salari\u00e9 comme le top manager vivent des situations contradictoires ; il leur faut \u00eatre dans le flux (fixer des objectifs, avoir des process, \u00eatre proactif, anticiper l\u2019impr\u00e9visible) alors que la r\u00e9alit\u00e9 impose, pour se maintenir dans le flux, de cesser d\u2019\u00eatre soi-m\u00eame. \u00catre ou ne pas \u00eatre. \u00catre dans le devenir pour devenir une non-personne, un cynique qui ignore l\u2019<em>oikos<\/em>, l\u2019homme et qui s\u2019ignore lui-m\u00eame. Le paradoxe est alors le suivant : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019entreprise reconna\u00eet le salari\u00e9 comme une personne (qui a un contrat et des droits), de l\u2019autre elle lui demande de se d\u00e9personnaliser dans le m\u00eame mouvement qui pousse l\u2019entreprise \u00e0 se virtualiser. Le salari\u00e9 int\u00e9riorise non plus des ordres, mais le flux. Il est le flux, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il n\u2019est plus. \u00c0 force de vivre cette contradiction qui s\u2019apparente \u00e0 une non-vie, certains salari\u00e9s prennent la fen\u00eatre ou s\u2019immolent. Le flic, c\u2019est le flux.<\/p>\n<p>La quatri\u00e8me antinomie montre la tension entre l\u2019entreprise capitalistique et l\u2019entreprise solidaire. Celle-ci s\u2019enracine dans l\u2019<em>oikos<\/em>, la famille, le convivial, la vie des hommes. Stigmatis\u00e9e comme peu s\u00e9rieuse car impuissante \u00e0 maximiser des profits, cette entreprise nous rappelle l\u2019essence de l\u2019entreprise : la production de richesse au service des hommes, non sa confiscation par une minorit\u00e9 d\u2019actionnaires. Cette entreprise, si elle ne fait pas des r\u00e9sultats \u00e0 deux chiffres, s\u2019av\u00e8re cependant capable de tisser des relations humaines, de redonner confiance et dignit\u00e9 \u00e0 des hommes qui deviennent des agents \u00e9conomiques. Je vois ainsi dans l\u2019entreprise solidaire un aiguillon qui rappelle \u00e0 toute entreprise que sa mission est double : produire de la richesse dans la perspective de tisser des liens sociaux. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9conomique, le politique. La diff\u00e9rence entre l\u2019entreprise capitalistique et l\u2019entreprise solidaire\u00a0tient \u00e0 la hi\u00e9rarchie de leurs finalit\u00e9s : la premi\u00e8re privil\u00e9gie le b\u00e9n\u00e9fice, la seconde le b\u00e9n\u00e9fique.<\/p>\n<blockquote><p>Redonner \u00e0 la gentillesse son contenu et ses lettres de noblesse revient \u00e0 montrer qu\u2019elle est la vraie force, le courage et l\u2019intelligence.<\/p><\/blockquote>\n<h3>Comment analysez-vous sa transformation historique ? Comment la financiarisation et une certaine culture manag\u00e9riale affectent-elles l\u2019entreprise moderne ?<\/h3>\n<p>La chr\u00e9matistique n\u2019est pas une bonne fin pour l\u2019\u00e9conomie : c\u2019est une finalit\u00e9 pathologique. J\u2019ai d\u00e9couvert une petite entreprise qui fabrique une tablette, en fait un livre de cuisine num\u00e9rique, <em>Qooq<\/em>, et qui a rapatri\u00e9 en France la totalit\u00e9 de ce qu\u2019elle faisait produire en Chine. R\u00e9sultats ? L\u2019entreprise doit assumer un co\u00fbt de main-d\u2019\u0153uvre huit fois plus \u00e9lev\u00e9, mais elle r\u00e9alise cependant des gains appr\u00e9ciables : \u00e9conomie des co\u00fbts de transport, r\u00e9duction des d\u00e9fauts de fabrication (de 7 \u00e0 1 %), gain de temps, qualit\u00e9 de la fabrication, label fran\u00e7ais du produit et donc gain en termes d\u2019image. C\u2019est une entreprise qui s\u2019est r\u00e9ancr\u00e9e dans le r\u00e9el en se relocalisant et en ma\u00eetrisant la totalit\u00e9 de la cha\u00eene de production. Rappelons que le terme \u00ab entreprise \u00bb n\u2019est pas un concept juridique : c\u2019est un concept \u00e9conomique. \u00c0 l\u2019origine, en fran\u00e7ais, le terme \u00ab\u00a0entreprise\u00a0\u00bb avait un sens amoureux, chevaleresque ou militaire. Il a rev\u00eatu au XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, avec l\u2019essor de la bourgeoisie, un sens industriel puis, \u00e0 partir de la seconde moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, un sens gestionnaire, comptable, froid, sans charme. Il faut peut-\u00eatre revenir au sens premier du mot : une aventure humaine, non un acte de pr\u00e9dation. Certains entrepreneurs refusent de voir leur entreprise cot\u00e9e en bourse : ils se privent peut-\u00eatre d\u2019une source de financement, mais ils \u00e9vitent en tout cas \u00e0 leur entreprise le risque de glisser sur la pente de la financiarisation.<\/p>\n<p>Nous avons dit que l\u2019entreprise avait une double finalit\u00e9 : produire de la richesse et tisser du lien social. Or, Platon affirme que la t\u00e2che de l\u2019homme politique, c\u2019est d\u2019entrelacer l\u2019Un et le Multiple \u2013 la fameuse <em>sunplok\u00e8\u00a0<\/em>\u2013, autrement dit tisser du lien pour amener les hommes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 vivre ensemble. Je ne crois plus au politique : dans l\u2019\u00e9conomisme ambiant, l\u2019homme politique s\u2019en tient au symbole. Il peut abolir la peine de mort et inventer le mariage pour tous, empiler les lois comme un mille-feuille au point de rendre impraticable l\u2019injonction \u00ab nul n\u2019est cens\u00e9 ignorer la loi \u00bb, mais il ne tisse plus grand-chose. Au mieux se fait-il VRP des grandes entreprises de son pays qui, d\u2019ailleurs, ne lui en sont pas toujours redevables parce qu\u2019elles sont en r\u00e9alit\u00e9 apatrides puisque multinationales ! Cette t\u00e2che d\u2019entrelacement incombe d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019entrepreneur qui comprend que, en produisant de la richesse, il constitue \u00e9conomiquement la trame sociale. L\u2019entrepreneur a un pouvoir plus large que le politique aujourd\u2019hui, car il donne du travail, au-del\u00e0 des appels au droit au travail inscrit dans la constitution de 1946 et qui est rest\u00e9 un v\u0153u pieux ! Encore faut-il qu\u2019il garde en main les deux finalit\u00e9s de l\u2019<em>oikos<\/em>. J\u2019oppose ainsi le frelon, homme cupide qui met toute son intelligence dans la recherche du gain, et l\u2019abeille, qui contribue \u00e0 la pollinisation des fleurs, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la socialisation. Est-ce un hasard si les abeilles sont aujourd\u2019hui menac\u00e9es ? C\u2019est en tout cas le r\u00e9sultat d\u2019une mani\u00e8re de faire de l\u2019\u00e9conomie qui illustre ce qui nous attend si la financiarisation prend le pas sur la solidarit\u00e9. Un entrepreneur digne de ce nom ne cherche pas la virtualisation mais produit de la richesse et de la noblesse, c\u2019est-\u00e0-dire tisse du lien social et fait de la politique sans le savoir.<\/p>\n<h3>Nous pourrions de prime abord effectuer un clivage bien utile entre un management agressif anglo-saxon et une tradition de gestion fran\u00e7aise davantage bienveillante. Mais vous montrez que certaines entreprises anglaises \u00e9voluent aujourd\u2019hui favorablement pour les salari\u00e9s et que la culture fran\u00e7aise freine paradoxalement l\u2019esprit de service.<\/h3>\n<p>Je r\u00e9pondrai \u00e0 votre question en trois points : d\u2019abord la logique du management anglo-am\u00e9ricain ; ensuite l\u2019obstacle historique \u00e0 la servitude volontaire en France ; enfin l\u2019id\u00e9e d\u2019un management \u00ab \u00e0 la fran\u00e7aise \u00bb, plus latin et peut-\u00eatre exportable.<\/p>\n<ul>\n<li>Le management anglo-saxon est d\u2019enracinement protestant : il repose sur une th\u00e9ologie \u2013 gagner le paradis \u00e0 la sueur de son front \u2013 et d\u2019un sens de la responsabilit\u00e9 et du respect de la personne. Dans l\u2019ADN anglo-am\u00e9ricain, la comp\u00e9tition implique l\u2019acceptation de perdre dans le respect des r\u00e8gles. Certains DRH de multinationales am\u00e9ricaines en Europe me disent qu\u2019ils ne travaillent que dans la convivialit\u00e9. Un manager qui, pour atteindre ses objectifs, aurait mis \u00e0 feu et \u00e0 sang ses \u00e9quipes serait licenci\u00e9, quand bien m\u00eame il aurait atteint, voire d\u00e9pass\u00e9, les objectifs fix\u00e9s ! Dans ce genre d\u2019entreprise, on ne licencie pas le personnel par texto, on ne le placardise pas, on ne l\u2019humilie pas. Les relations y sont contractuelles et lorsque le contrat n\u2019est pas rempli, le salari\u00e9 en accepte les cons\u00e9quences. Il se trouve que nous avons import\u00e9 les proc\u00e9dures du management anglo-am\u00e9ricain sans les adapter \u00e0 notre culture et \u00e0 notre histoire. Ce qui explique qu\u2019en France, le <em>costkiller<\/em> ne semble pas g\u00ean\u00e9 par le stress qu\u2019il produit, ni des cons\u00e9quences morbides ou mortif\u00e8res qui peuvent d\u00e9couler d\u2019un management peu soucieux de l\u2019humain. Le management anglo-am\u00e9ricain repose sur la r\u00e8gle qui est accept\u00e9e. \u00c0 l\u2019issue de la crise des <em>subprimes<\/em>, dix millions de personnes ont \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9es de leur domicile pour que leurs banques mettent en vente leur logement. Imaginez en France ce qui se serait pass\u00e9 si 100 000 personnes avaient \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9es ! Il y aurait eu une r\u00e9volution !<\/li>\n<li>La R\u00e9volution fran\u00e7aise a mis dans notre ADN un \u00e9galitarisme forcen\u00e9 qui consiste pour les citoyens \u00e0 ne pas se consid\u00e9rer seulement comme \u00e9gaux en droit mais \u00e9gaux en tout. L\u2019exigence d\u2019\u00e9galit\u00e9 est si visc\u00e9rale qu\u2019elle a une cons\u00e9quence : la difficult\u00e9 de servir qui suppose d\u2019accepter une position de subordination. Certes, dans le secteur tertiaire, on accepte de servir contre r\u00e9mun\u00e9ration, mais le service est toujours rendu dans la distance, comme s\u2019il fallait rappeler \u00e0 celui qui le re\u00e7oit que la nuit du 4 ao\u00fbt a aboli en 1789 les privil\u00e8ges et, dans la foul\u00e9e, l\u2019Ancien R\u00e9gime et le servage. Rendre service risque toujours de me faire passer pour un serf ; or la France est le pays de la libert\u00e9, donc aussi d\u2019une certaine arrogance que nous pr\u00eatent les \u00e9trangers qui ne voient pas que nous payons l\u00e0 le prix d\u2019une r\u00e9volution mal dig\u00e9r\u00e9e. Il suffit d\u2019entrer dans un caf\u00e9 \u00e0 Paris pour en faire l\u2019exp\u00e9rience : si le serveur est cordial, il n\u2019est jamais obs\u00e9quieux, contrairement \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience que nous faisons lorsque nous allons \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et qui rappelle au client qu\u2019il est, pour un instant, \u00ab\u00a0roi\u00a0\u00bb. Mais la France a guillotin\u00e9 son \u00ab roi \u00bb et refuse toute pr\u00e9tention \u00e0 la monarchie, fut-elle celle d\u2019un client !<\/li>\n<li>Nous vivons sous la domination id\u00e9ologique du lib\u00e9ralisme et de l\u2019empire am\u00e9ricain. Notre volont\u00e9 d\u2019importer tous les six mois la derni\u00e8re technique de management am\u00e9ricain n\u2019a pour fondement que notre all\u00e9geance \u00e0 l\u2019empire am\u00e9ricain. Persuad\u00e9s que l\u2019Am\u00e9rique est reine de l\u2019\u00e9conomie, nous croyons qu\u2019en singeant ses m\u00e9thodes, nous serons performants. En r\u00e9alit\u00e9, nous ne sommes que ses vassaux et nous avons vu que notre adaptation \u00e0 ce mod\u00e8le n\u2019est pas conforme \u00e0 notre histoire et \u00e0 notre ADN. Faisons comme dans le film <em>Le Cercle des po\u00e8tes disparus<\/em>, d\u00e9chirons le manuel, ensemble de recettes qui privent de comprendre l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire aussi bien que l\u2019essence de notre sociabilit\u00e9 : les Fran\u00e7ais ont une autre histoire qui doit les pousser \u00e0 inventer leur propre mod\u00e8le de management. Notre mod\u00e8le est ainsi dans notre histoire et notre urbanit\u00e9 : Norbert Elias a montr\u00e9 que pendant trois si\u00e8cles, l\u2019Europe a envi\u00e9 notre mod\u00e8le politique, \u00e0 savoir la centralisation du royaume par la courtisanerie. Il ne faut \u00e9videmment pas revenir \u00e0 Louis XIV, mais si on nous a envi\u00e9 un mod\u00e8le politique, puis humaniste et culturel, je crois qu\u2019on pourrait nous envier un mod\u00e8le de management. Le terme \u00ab management \u00bb, \u00e0 l\u2019origine, est d\u2019ailleurs fran\u00e7ais. Il faut lui redonner son sens, y mettre du sens, de l\u2019humeur, de l\u2019intelligence, de la subjectivit\u00e9. Acceptons que le manager dirige avec son humanit\u00e9 et non en se cachant derri\u00e8re des r\u00e8glements, des <em>process<\/em>, des <em>reporting<\/em>, des <em>brainstorming<\/em> et des PowerPoint, bref \u00e0 partir de tout ce qui est contraire \u00e0 la vraie ma\u00efeutique dont l\u2019entreprise a besoin pour se d\u00e9velopper. Nous exportons nos produits de luxe et notre <em>french touch<\/em> (David Guetta, Bob Sinclar et Martin Solveig)\u00a0: pr\u00e9parons-nous \u00e0 exporter un management qui soit la fine fleur de la production r\u00e9alisant la synth\u00e8se de la richesse et de la noblesse\u00a0!<\/li>\n<\/ul>\n<button data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#enc_2013_83_01\">encadr\u00e9<\/button><div id=\"enc_2013_83_01\" class=\"encadre collapse\"><p><span class=\"surtitre_enc\">encadr\u00e9 <\/span><\/p>\n<h2>\u00c9tymologie<\/h2>\n<p>\u00ab Le terme <em>manager<\/em> vient de l\u2019anglais et fut, comme celui de <em>gentleman<\/em>, emprunt\u00e9 au fran\u00e7ais. De m\u00eame que <em>gentleman<\/em> est la traduction fran\u00e7aise de \u201cgentilhomme\u201d [\u2026], le terme <em>manager<\/em> vient du terme fran\u00e7ais \u201cmanager\u201d qui renvoie \u00e0 l\u2019\u00e9quitation. L\u2019art de manager consiste \u00e0 dresser le cheval dans un man\u00e8ge, \u00e0 le d\u00e9bourrer, \u00e0 lui apprendre \u00e0 se laisser monter puis, \u00e9ventuellement, \u00e0 lui faire accomplir des figures \u00e9questres. Plus qu\u2019\u00e0 la figure du contrema\u00eetre, c\u2019est \u00e0 celle du dresseur que l\u2019imaginaire de \u201cmanager\u201d renvoie. [\u2026]. Or, <em>mutatis mutandis<\/em>, si le salari\u00e9 n\u2019est pas un cheval, ni le manager un cavalier, il n\u2019est pas absurde de penser que \u201cmanager\u201d consiste \u00e0 instaurer une relation de confiance au sein d\u2019une \u00e9quipe pour en faire un attelage harmonieux. Si nous ajoutons \u00e0 ce rappel \u00e9tymologique le fait que le cheval est un animal de fuite dont il faut avoir l\u2019oreille pour obtenir de lui des faveurs, nous en concluons que le manager est un homme attentif, patient et caressant. Pour parler aux chevaux, il faut de l\u2019empathie sans laquelle ne s\u2019installent ni confiance ni autorit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>E. Jaffelin, <em>Petite Philosophie de l\u2019entreprise<\/em>, pp.\u00a0107-109.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<h3><em>A priori<\/em>, l\u2019entreprise telle que nous la concevons aujourd\u2019hui semble l\u2019antith\u00e8se d\u2019un lieu o\u00f9 pourrait s\u2019\u00e9panouir la gentillesse. C\u2019est pourtant cette vertu b\u00e9n\u00e9fique que vous soutenez dans vos travaux\u2026<\/h3>\n<p>La gentillesse n\u2019a pas bonne presse. Elle fait p\u00e2le figure dans ce monde obs\u00e9d\u00e9 par le gain, \u00e0 l&#8217;instar des sportifs de haut niveau dont les performances masquent trop souvent des effets secondaires et collat\u00e9raux. D\u00e9finissons la gentillesse comme le fait de rendre service \u00e0 quelqu\u2019un qui nous le demande. Je la distingue, dans le spectre de l\u2019empathie, de deux autres notions : le respect et la sollicitude. Le respect, c\u2019est l\u2019empathie froide qui consiste \u00e0 observer une r\u00e8gle. La sollicitude, c\u2019est l\u2019empathie br\u00fblante qui est intrusive par le fait qu\u2019elle cherche \u00e0 rendre service \u00e0 quelqu\u2019un qui ne le demande pas. La sollicitude est cette vertu familiale par laquelle je veux le bonheur des miens malgr\u00e9 eux.\u2008Hors de la famille, elle a pour effet de brider la libert\u00e9 de celui qui en est l\u2019objet. Le respect s\u2019en tient \u00e0 l\u2019observance d\u2019une r\u00e8gle, comme ne pas se garer sur une place de parking r\u00e9serv\u00e9e aux personnes handicap\u00e9es. Elle ne t\u00e9moigne d\u2019aucun mouvement spontan\u00e9 envers autrui. La gentillesse est une empathie chaude, car elle est une humeur qui r\u00e9pond \u00e0 une humeur. J\u2019ai une passion pour la passion d\u2019autrui qui me demande de le remettre dans l\u2019action : l\u2019aider \u00e0 porter son sac, lui ouvrir une porte, lui indiquer un chemin. La gentillesse n\u2019est pas une faiblesse, mais une forme d\u2019intelligence qui suppose d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute d\u2019autrui. La gentillesse s\u2019oppose \u00e0 une intelligence dite \u00ab virile \u00bb mais qui en r\u00e9alit\u00e9 ne l\u2019est pas et qui n\u2019exprime que le cynisme, soit cette attitude \u00e0 consid\u00e9rer autrui comme un moyen pour parvenir \u00e0 ses fins. Le cynique ne voit le monde qu\u2019\u00e0 partir de lui-m\u00eame, ce qui r\u00e9v\u00e8le une c\u00e9cit\u00e9 dont la cause est un d\u00e9faut d\u2019intelligence, un exc\u00e8s de narcissisme et surtout un \u00e9tat de carence avanc\u00e9e. Le cynique est un pr\u00e9dateur, c\u2019est-\u00e0-dire par d\u00e9finition cet homme qui cherche \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur ce qu\u2019il ne trouve pas en lui. Comme le drogu\u00e9, le cynique est dans un \u00e9tat de manque et de d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce qui lui est ext\u00e9rieur. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, le gentil est g\u00e9n\u00e9reux parce qu\u2019il a en lui de l\u2019exc\u00e8s et de l\u2019abondance. Pr\u00e9dateur <em>versus<\/em> donateur. Carenc\u00e9 <em>versus<\/em> bienfaiteur. En rendant service, le gentil t\u00e9moigne de cette intelligence de la douceur qui d\u00e9passe le <em>soft power<\/em>. La gentillesse n\u2019est donc ni na\u00efvet\u00e9 ni mi\u00e8vrerie ni niaiserie, mais aptitude ponctuelle \u00e0 rendre service \u00e0 celui qui le demande, \u00e0 remettre en marche celui qui est provisoirement bloqu\u00e9. Le paradoxe de notre soci\u00e9t\u00e9 tient \u00e0 sa valorisation de l\u2019homme carenc\u00e9 : elle le promeut et valorise cette addiction. Faire entrer la gentillesse en entreprise, ce n\u2019est pas faire entrer l\u2019agneau dans la louverie, c\u2019est inverser les paradigmes en montrant que le management par objectif est l\u2019illustration d\u2019un cynisme contre-productif. Redonner \u00e0 la gentillesse son contenu et ses lettres de noblesse revient \u00e0 montrer qu\u2019elle est la vraie force, le courage et l\u2019intelligence. Laissons le cynique \u00e0 son impuissance. Quant au <em>golden<\/em> parachute, il n\u2019est, comme nous l\u2019indique Freud, que le sympt\u00f4me d\u2019une fixation de l\u2019individu au stade anal.<\/p>\n<blockquote><p>Qu\u2019est-ce qui est plus noble dans le tissu social que de soigner l\u2019autre, que de le remettre en marche et de lui redonner sa place dans la soci\u00e9t\u00e9 ?<\/p><\/blockquote>\n<h3>Venons-en \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. De par sa vocation historique d\u2019hospice, celui-ci met en avant ses bonnes \u0153uvres : accueillir, pr\u00e9venir, \u00e9duquer et soigner. Toutefois, l\u2019\u00e9volution contemporaine de l\u2019h\u00f4pital semble \u00eatre celle de l\u2019entreprise\u00a0: financiarisation\u2008<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(2)<\/sup>, mise en concurrence\u00a0<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(3)<\/sup>, culture manag\u00e9riale anglo-saxonne <sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(4)<\/sup>. Les gestionnaires adoptent un discours de la performance calqu\u00e9 sur le sport ou la guerre (\u00e9conomique), des comparaisons bien commodes pour homog\u00e9n\u00e9iser les pratiques sociales dans un but unique qui n\u2019est plus celui du soin. Il y a une forme de n\u00e9cessit\u00e9 ext\u00e9rieure qui impose la discipline et fait plier les vell\u00e9it\u00e9s de gentillesse. Selon votre analyse, l\u2019hospitalier peut-il encore \u00eatre gentil ? Quel service rend le service public ?<\/h3>\n<p>Dans mon \u00e9loge de la gentillesse, apr\u00e8s avoir distingu\u00e9 trois formes d\u2019empathie, j\u2019enracine cette vertu dans le tao\u00efsme et je distingue les m\u00e9decines douces de notre m\u00e9decine allopathique, qui rel\u00e8ve de la sollicitude par son caract\u00e8re intrusif dont nous mesurons les effets par ses cons\u00e9quences iatrog\u00e9niques et nosocomiales. Comme la relation du manager et du salari\u00e9, la relation m\u00e9decin\/malade est vid\u00e9e de son contenu au profit de protocoles m\u00e9dicaux fond\u00e9s sur la technique et une conception m\u00e9canique de l\u2019organisme. L\u2019h\u00f4pital est devenu un lieu de regroupement de malades pour le soin : c\u2019est un lieu commun de dire qu\u2019il met en commun les maladies et qu\u2019il les communique ! L\u2019h\u00f4pital est donc un lieu de soin, mais aussi un endroit malsain, voire dangereux. Faut-il rappeler que le sacr\u00e9 d\u00e9limite le pur et l\u2019impur, donc le sain(t) et le maudit ? L\u2019h\u00f4pital est un tel lieu ambivalent. Et qu\u2019est-ce qu\u2019un bon m\u00e9decin aujourd\u2019hui ? Dans la Chine classique, un bon m\u00e9decin est celui qui n\u2019a pas de malades et qui fait payer celui qui vient en bonne sant\u00e9 pour avoir des conseils sur la pr\u00e9servation de son \u00e9tat. Nous faisons le contraire, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 donner aux personnes saines des m\u00e9dicaments aux effets secondaires imm\u00e9diats ! Cette m\u00e9decine n\u2019est donc pas du c\u00f4t\u00e9 de la douceur.<\/p>\n<p>Si d\u00e9sormais on consid\u00e8re l\u2019entreprise en son acception lib\u00e9rale, on peut s\u2019interroger sur l\u2019avenir de l\u2019h\u00f4pital et pr\u00e9voir qu\u2019il va s\u2019\u00e9chouer ou \u00e9chouer. Cependant, je d\u00e9fends une id\u00e9e optimiste de l\u2019entreprise. Par cons\u00e9quent, si l\u2019on consid\u00e8re que l\u2019entreprise a pour but de tisser du lien social, l\u2019h\u00f4pital peut alors \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une entreprise. Si l\u2019objectif, c\u2019est la sant\u00e9, il faut se montrer entreprenant ! Or, je crains qu\u2019en parlant d\u2019h\u00f4pital-entreprise, on forme ce syntagme pour singer le mod\u00e8le anglo-am\u00e9ricain de l\u2019entreprise o\u00f9 r\u00e8gne le <em>kost-killer<\/em>\u00a0! Je crains que l\u2019esprit de la r\u00e9vision g\u00e9n\u00e9rale des politiques publiques (RGPP) soit un esprit malade ! La justification de chaque euro d\u00e9pens\u00e9 n\u2019a aucun sens dans un lieu o\u00f9 ce qui prime n\u2019est pas la quantit\u00e9, mais la qualit\u00e9 : le soin ne se quantifie pas ! Je ne dis pas qu\u2019il ne faut pas contr\u00f4ler les d\u00e9penses. On pourrait m\u00eame commencer par \u00e9duquer les hommes \u00e0 ne plus consommer des m\u00e9dicaments comme ils consomment des sucreries : la d\u00e9pendance du Fran\u00e7ais aux m\u00e9dicaments ressemble \u00e0 la d\u00e9pendance des Am\u00e9ricains au soda, aux graisses et aux lipides ! Dans les deux cas, les hommes cherchent \u00e0 faire taire une angoisse. Ils recherchent de fausses douceurs. Pour revenir \u00e0 l\u2019h\u00f4pital-entreprise, laissons le sens lib\u00e9ral de ce terme qui connote la pr\u00e9dation et revenons au sens fran\u00e7ais classique qui d\u00e9signe une aventure. Entreprenons avec l\u2019h\u00f4pital, autrement dit d\u00e9veloppons une id\u00e9e de la sant\u00e9, non une id\u00e9ologie. Disons m\u00eame que l\u2019h\u00f4pital pourrait \u00eatre le paradigme de l\u2019entreprise : qu\u2019est-ce qui est plus noble dans le tissu social que de soigner l\u2019autre, que de le remettre en marche et de lui redonner sa place dans la soci\u00e9t\u00e9 ?<\/p>\n<h3>Une formule contemporaine veut voir dans le directeur d\u2019h\u00f4pital, un patron comme en entreprise. Au-del\u00e0 de l\u2019adoption des termes qui facilitent l\u2019association d\u2019id\u00e9es, que pensez-vous du r\u00f4le du patron et est-ce incompatible avec la direction d\u2019un \u00e9tablissement de sant\u00e9 ? Un gentil peut-il entrer dans l\u2019ar\u00e8ne du monde actuel ? Quelles sont ses armes ? Peut-il refuser cette lutte au nom d\u2019une nouvelle forme de pacifisme ?<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9tymologie du mot \u00ab patron \u00bb, c\u2019est le mod\u00e8le, notamment en couture. Le mod\u00e8le familial de l\u2019entreprise, le fameux paternalisme, existe encore aujourd\u2019hui m\u00eame s\u2019il s\u2019\u00e9teint progressivement pour c\u00e9der la place \u00e0 la responsabilit\u00e9 sociale des entreprises (RSE). C\u2019est d\u00e9sormais l\u2019horizontalit\u00e9 qui prime : le patron est d\u2019autant plus reconnu et appr\u00e9ci\u00e9 qu\u2019il est capable de rendre service. Cela peut sembler une inversion des valeurs, mais c\u2019est le secret de l\u2019efficacit\u00e9 entrepreneuriale. Le directeur d\u2019h\u00f4pital qui se fige dans sa position et dans son organigramme se d\u00e9cr\u00e9dibilise comme patron. Il doit rester finalement le foyer de l\u2019entreprise. S\u2019il se calfeutre avec ses N-1, il d\u00e9shumanise l\u2019h\u00f4pital, le m\u00e9canise. Le patron doit \u00eatre un exemple, un <em>exemplum<\/em>, un mod\u00e8le : il doit prendre soin des autres s\u2019il veut que les soins soient rendus. S\u2019il est incapable de bonne humeur et de r\u00e9pondre \u00e0 la demande de ses subordonn\u00e9s, s\u2019il s\u2019en tient \u00e0 ses objectifs, l\u2019h\u00f4pital ne sera ni une aventure ni un lieu d\u2019efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique. La politique du management par objectif est moins efficace que celle par l\u2019humeur et la subjectivit\u00e9. Le patron doit montrer qu\u2019il apporte sa subjectivit\u00e9 dans l\u2019entreprise : il doit \u00eatre une pompe \u00e0 chaleur, non une chambre froide.<\/p>\n<h3>Vous semblez finalement rapprocher la gentillesse de ce qu\u2019\u00e9crivait Vassili Grossman sur la bont\u00e9\u2008<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(5)<\/sup>. C\u2019est une vertu souterraine : une disposition d\u2019\u00e2me, un <em>ethos<\/em>, une pratique individuelle. Avoir une disposition \u00e0 la gentillesse et renouveler ses gestes semble aller \u00e0 l\u2019encontre des th\u00e9ories actuelles qui veulent rationaliser au maximum le comportement des dirigeants et enseigner le management comme une science dure applicable \u00e0 tous les domaines. Les pragmatiques vous demanderont : comment se former \u00e0 la gentillesse ? Y a-t-il des cabinets d\u2019experts ?<\/h3>\n<p>Bonne question ! Car la gentillesse est une forme d\u2019intelligence, et comment apprend-on l\u2019intelligence ? Peut-\u00eatre dans des s\u00e9minaires o\u00f9 l\u2019on fait de l\u2019accrobranche et des ateliers\u2026 Plus s\u00e9rieusement, la gentillesse est avant tout une exp\u00e9rience existentielle au cours de laquelle nous d\u00e9couvrons que, pour accueillir autrui, il faut d\u2019abord accepter de se d\u00e9barrasser de soi-m\u00eame. Nous d\u00e9couvrons dans la gentillesse que nous nous mettons entre parenth\u00e8ses. \u00ab Servitude volontaire \u00bb aurait dit La Bo\u00e9tie. En allant plus loin, nous pourrions dire que notre croyance au Moi, \u00e0 l\u2019<em>ego<\/em>, est le fruit de la grammaire comme l\u2019\u00e9crit Nietzsche. Le <em>Je<\/em> est une illusion culturelle. Notre subjectivit\u00e9 ne se limite donc pas au tout-\u00e0-l\u2019<em>ego<\/em>, au narcissisme et au primat de l\u2019individu sur le collectif. Toute exp\u00e9rience esth\u00e9tique me rappelle que ma subjectivit\u00e9 est fusion du <em>Je<\/em> dans l\u2019objet, autrement dit effusion et diffusion. Proposer une <em>po\u00e9tique du management<\/em>, par opposition aux <em>politiques du management par objectif<\/em>, revient \u00e0 revaloriser la subjectivit\u00e9 comme lieu de partage des humeurs. La France est le pays de l\u2019art, de la culture et de la sensibilit\u00e9. Il serait dommage de l\u2019enfermer dans des process et une pr\u00e9tendue objectivit\u00e9 ! Si un manager me dit qu\u2019il n\u2019a jamais appris cette disposition, je peux lui conseiller de se procurer d\u2019urgence le livre de Zorn, un jeune Suisse de Zurich \u00e9lev\u00e9 dans le calvinisme, qui d\u00e9crit dans <em>Mars<\/em> (sa biographie \u00e0 peine romanc\u00e9e) comment son cancer est l\u2019aboutissement de son \u00e9ducation puritaine. Il identifie objectivement sa maladie comme la cons\u00e9quence de son \u00e9ducation qui a refus\u00e9 toute place \u00e0 la subjectivit\u00e9, aux humeurs, \u00e0 l\u2019effusion. <em>Never explain, never complain<\/em>, disent nos amis anglais. Et comme r\u00e9compense le cancer : la tumeur comme r\u00e9action aux blocages des humeurs. Dans un lieu de soin, le management ne peut s\u2019enfermer dans un cadre comptable et objectif. Cette m\u00e9decine est d\u00e9j\u00e0 excessivement m\u00e9caniste : il faut redonner de la souplesse, du dynamisme, de la subjectivit\u00e9, de l\u2019humeur et de l\u2019effusion pour que le lieu o\u00f9 elle s\u2019exerce, l\u2019h\u00f4pital, fasse lien\u2026 et (du) bien. L\u2019h\u00f4pital a besoin de pathos\u00a0car c\u2019est une des sources de la gu\u00e9rison.<\/p>\n<h3>Quelle diff\u00e9rence entre votre appel \u00e0 la gentillesse et la th\u00e9orie du <em>care<\/em>, par exemple ?<\/h3>\n<p>Pour moi le <em>care<\/em> rel\u00e8ve de la sollicitude. Il consiste \u00e0 anticiper la demande, non \u00e0 y r\u00e9pondre et, par cons\u00e9quent, constitue une forme d\u2019intrusion. Or la gentillesse part d\u2019une sollicitation, c\u2019est la condition pour qu\u2019elle ne soit pas sollicitude ! Si une demande n\u2019est pas formul\u00e9e, nous n\u2019avons pas \u00e0 la satisfaire. La philosophie du <em>care<\/em> invite \u00e0 rechercher la vuln\u00e9rabilit\u00e9 d\u2019autrui. C\u2019est une forme de dolorisme qui n\u2019exclut pas une certaine morbidit\u00e9. Je dis dans ma <em>Petite Philosophie de l\u2019entreprise<\/em> que le <em>care<\/em> est l\u2019h\u00e9ritier du Welfare State\u00a0: l\u2019\u00c9tat n\u2019ayant plus les moyens et surtout la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre providence, il renvoie celle-ci \u00e0 tout un chacun pour faire de nous des Am\u00e9lie Poulain. La gentillesse me para\u00eet moins doloriste, plus empathique et anoblissante : le gentil ne se voit pas comme un <em>sauveur<\/em>, mais comme un <em>serveur<\/em>. Son optique n\u2019est pas le <em>sacrifice<\/em>, mais le <em>service<\/em>. Il ne r\u00e9duit pas autrui \u00e0 un \u00eatre vuln\u00e9rable, mais \u00e0 une personne qui demande ponctuellement un service. Cette id\u00e9ologie du <em>care<\/em> vient finalement suppl\u00e9er l\u2019\u00c9tat providence avec des moyens psychologiques et \u00e9thiques qui donnent l\u2019impression d\u2019\u00eatre la proth\u00e8se morale d\u2019une amputation politique.<\/p>\n<h3>Peut-on envisager une \u00ab gentillesse institutionnalis\u00e9e \u00bb comme la jurisprudence sociale\u00a0<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(6) <\/sup>est en train de d\u00e9finir une \u00ab maltraitance institutionnalis\u00e9e \u00bb ?<\/h3>\n<p>Le probl\u00e8me des \u00c9tats modernes, c\u2019est de faire d\u2019une id\u00e9e nouvelle une institution. Je ne parle pas de politique d\u2019entreprise. Je m\u2019adresse au salari\u00e9, au cadre ou au manager qui est capable de changer l\u2019entreprise par lui-m\u00eame, par effet syst\u00e9mique. Je reprends la m\u00e9taphore des rhizomes chez Deleuze : il y a deux types de plantes : les phalliques, qui font des arbres, et les rhizomes, comme les lys, dont les racines sont souterraines mais solidement \u00e9tablies. L\u2019id\u00e9e de l\u2019institution est une id\u00e9e phallique. Les individus qui forment r\u00e9seaux et rhizomes produisent plus d\u2019effets que les institutions qui s\u2019\u00e9rigent et dictent leurs lois.<\/p>\n<h3>Il vous faut esquiver deux critiques que vos d\u00e9tracteurs pourraient avancer. Tout d\u2019abord, la gentillesse comme faiblesse de caract\u00e8re incompatible avec les exigences de la rigueur, renvoyant ainsi insidieusement \u00e0 la dichotomie archa\u00efque discours fort\/homme-gentillesse\/femme ; ensuite, la gentillesse est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente en entreprise, comme la gestion de type management affectif avec ses figures impos\u00e9es : tutoiement, proximit\u00e9 calcul\u00e9e, d\u00e9veloppement personnel, coaching et s\u00e9ance d\u2019auto\u00e9mulation. Qu\u2019en pensez-vous ?<\/h3>\n<p>De mon point de vue, et c\u2019est ce que j\u2019ai essay\u00e9 de montrer dans mon travail, il faut souligner les racines de la gentillesse pour montrer comment on part d\u2019une noblesse pour arriver \u00e0 une faiblesse de caract\u00e8re. En entendant ces critiques, j\u2019entends l\u2019attitude \u00ab gentillette \u00bb, non la noble ni la spirituelle. La gentillesse est un concept op\u00e9ratoire. Depuis la nuit des temps, les hommes sont gentils, non carenc\u00e9s, et ils tapissent la soci\u00e9t\u00e9 de leur bonne humeur d\u2019une mani\u00e8re plus efficace que les r\u00e9gimes politiques et leurs institutions. Quant \u00e0 la virilit\u00e9, elle ne se tient pas seulement dans l\u2019\u00e9rection, dans le phallique : elle est dans les rhizomes, dans la force que signifie le mot <em>virtus<\/em> en latin. Par exemple, dans la pens\u00e9e chinoise tao\u00efste, tout \u00eatre a une part de <em>yin<\/em> et une part de <em>yang<\/em>, une part de masculin et une part de f\u00e9minin. Lao Tseu \u00e9crit ainsi que pour qu\u2019une roue tourne, il faut qu\u2019elle ait un moyeu, soit une partie vide. La gentillesse, c\u2019est cet <em>\u00e9videmment de soi-m\u00eame<\/em> qui permet de faire entrer autrui en soi, et plus encore de faire \u00e9merger une relation qui n\u2019existe pas encore. Donc, les managers que vous me d\u00e9crivez \u00ab sur-sistent \u00bb, ils n\u2019existent pas. Ils emp\u00eachent la relation. L\u2019id\u00e9ologie de la guerre est une id\u00e9ologie du manque et non de la pl\u00e9nitude. La gentillesse est une pl\u00e9nitude qui demande plus de courage, plus de sortie de soi : elle est donc plus conqu\u00e9rante que le quant-\u00e0-soi et la mont\u00e9e dans l\u2019organigramme ! Un h\u00f4pital qui ne serait pas doux dans ses moyens et dans sa fin ne serait pas un h\u00f4pital digne de ce nom ou une entreprise telle qu\u2019on vient de la d\u00e9crire. Et les malades fuiraient ce type d\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p><em><strong>Propos recueillis par Fr\u00e9d\u00e9ric Spinhirny<\/strong><\/em><\/p>\n<script>function PlayerjsAsync(){} if(window[\"Playerjs\"]){PlayerjsAsync();}<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la premi\u00e8re partie de votre livre, Petite Philosophie de l\u2019entreprise\u00a0(1), vous donnez une d\u00e9finition simple de l\u2019entreprise : \u00ab Ensemble de moyens qui produit de la richesse en exploitant la nature, en fabriquant des objets ou en rendant des services \u00bb, puis vous d\u00e9finissez ses antinomies. Quelles sont-elles ? 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