

{"id":34842,"date":"2010-03-01T12:21:57","date_gmt":"2010-03-01T11:21:57","guid":{"rendered":"https:\/\/gestions-hospitalieres.fr\/?p=34842"},"modified":"2018-03-12T15:00:51","modified_gmt":"2018-03-12T14:00:51","slug":"souffrance-fin-de-vie-nietzsche-levinas-regards-croises","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ricom-web8.com\/gestions\/souffrance-fin-de-vie-nietzsche-levinas-regards-croises\/","title":{"rendered":"Souffrance et fin de vie. Nietzsche et L\u00e9vinas, regards crois\u00e9s"},"content":{"rendered":"<span class=\"span-reading-time rt-reading-time\" style=\"display: block;\"><span class=\"rt-label rt-prefix\">Temps de lecture\u00a0: <\/span> <span class=\"rt-time\"> 14<\/span> <span class=\"rt-label rt-postfix\">minutes<\/span><\/span><p style=\"text-align: right;\"><em>Le tr\u00e9pas vient tout gu\u00e9rir.<\/em><br \/>\n<em>Mais ne bougeons d\u2019o\u00f9 nous sommes.<\/em><br \/>\n<em>Plut\u00f4t souffrir que mourir,<\/em><br \/>\n<em>C\u2019est la devise des hommes.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Jean de la Fontaine,<\/strong><br \/>\n<strong>\u00ab La Mort et le B\u00fbcheron \u00bb, Fables\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9vision des lois bio\u00e9thiques annonc\u00e9e pour 2010 entra\u00eenera probablement de nombreux d\u00e9bats \u00e9thiques concernant les deux actes extr\u00eames de l\u2019existence que sont donner la vie et (se) donner la mort. Assur\u00e9ment, les parlementaires comme la soci\u00e9t\u00e9 civile ne manqueront pas non plus de rattacher une nouvelle fois les enjeux propres \u00e0 la question de l\u2019euthanasie aux discussions des lois bio\u00e9thiques stricto sensu, m\u00eame si la loi Leonetti s\u2019en distingue singuli\u00e8rement.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cent avis sur les questions \u00e9thiques li\u00e9es au d\u00e9veloppement et au financement des soins palliatifs, rendu par le Conseil consultatif national d\u2019\u00e9thique le 10 d\u00e9cembre 2009 en r\u00e9ponse \u00e0 une saisine du d\u00e9put\u00e9 des Alpes-Maritimes, souligne les efforts faits en direction du renforcement des soins palliatifs et s\u2019engage plus avant dans l\u2019abandon d\u2019une voie qui pr\u00f4nerait la l\u00e9galisation de l\u2019euthanasie. Jean-Luc Rom\u00e9ro, pr\u00e9sident de l\u2019Association pour le droit de mourir dans la dignit\u00e9 (ADMD), y voit quant \u00e0 lui un \u00ab vol de libert\u00e9 \u00bb<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\"> (1)<\/sup> tant il semble inconcevable de limiter de la sorte l\u2019autonomie des citoyens en les condamnant \u00e0 souffrir jusqu\u2019au tr\u00e9pas.<\/p>\n<p>Toutefois, au-del\u00e0 des contributions de l\u2019ADMD, du CCNE, comme celles de l\u2019Espace \u00e9thique de l\u2019AP-HP \u00e0 travers son directeur Emmanuel Hirsch, et en perspective des d\u00e9bats \u00e0 venir, nous proposons \u00e0 la r\u00e9flexion du lecteur deux regards crois\u00e9s sur le th\u00e8me de la souffrance du malade, de la fin de vie et du \u00ab bien mourir \u00bb (ou \u00ab la bonne mort \u00bb pour reprendre l\u2019\u00e9tymologie du mot \u00ab euthanasie \u00bb). S\u2019il ne s\u2019agit en aucun cas de mettre un point final aux discussions r\u00e9currentes que provoque la fin de vie, les approches philosophiques pr\u00e9sent\u00e9es peuvent n\u00e9anmoins apporter un \u00e9clairage singulier sur la pratique intime du professionnel de sant\u00e9 qui rencontre une situation difficile.<\/p>\n<p>Les textes de Nietzsche et de L\u00e9vinas, dans leurs contenus radicalement diff\u00e9rents, comme les commentaires qui les accompagnent, se rejoignent pour exposer la difficult\u00e9 qu\u2019un homme ressent face \u00e0 la souffrance de son semblable ainsi que la responsabilit\u00e9 d\u00e9licate que porte le corps m\u00e9dical face \u00e0 un malade dont le visage, supplici\u00e9 par la douleur, implore de l\u2019aide. En l\u2019absence de r\u00e9ponse m\u00e9dicale efficace, de fondement juridique contraignant ou de raisons philosophiques infaillibles, il n\u2019est donc d\u2019autres conclusions que celles qui nous laissent vivre avec ces questions\u2026<\/p>\n<h1>Bien mourir : le dernier acte<\/h1>\n<h2>La fin de vie : commentaire sur quelques r\u00e9flexions de Friedrich Nietzsche<\/h2>\n<p>Friedrich Nietzsche, Le Cr\u00e9puscule des idoles, \u00ab Fl\u00e2neries inactuelles \u00bb.\u2008Chap.36 : \u00ab Morale pour m\u00e9decins \u00bb (<em>extraits<\/em>)<\/p>\n<p>\u00ab <em>[\u2026] Arriv\u00e9 \u00e0 un certain \u00e9tat, il est inconvenant de vivre plus longtemps. L\u2019obstination \u00e0 v\u00e9g\u00e9ter l\u00e2chement, esclave des m\u00e9decins et des pratiques m\u00e9dicales, apr\u00e8s que l\u2019on a perdu le sens de la vie, le droit \u00e0 la vie, devrait entra\u00eener, de la part de la Soci\u00e9t\u00e9, un m\u00e9pris profond. Les m\u00e9decins, de leur c\u00f4t\u00e9, seraient charg\u00e9s d\u2019\u00eatre les interm\u00e9diaires de ce m\u00e9pris \u2013 ils ne feraient plus d\u2019ordonnances, mais apporteraient chaque jour \u00e0 leurs malades une nouvelle dose de d\u00e9go\u00fbt\u2026 Cr\u00e9er une nouvelle responsabilit\u00e9, celle du m\u00e9decin, pour tous les cas o\u00f9 le plus int\u00e9r\u00eat de la vie, de la vie ascendante, exige que l\u2019on \u00e9carte et que l\u2019on refoule sans piti\u00e9 la vie d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescente \u2013 par exemple en faveur du droit de vivre\u2026<\/em><br \/>\n<em>Mourir fi\u00e8rement lorsqu\u2019il n\u2019est plus possible de vivre fi\u00e8rement. La mort choisie librement, la mort en temps voulu, avec lucidit\u00e9 et d\u2019un c\u0153ur joyeux, accomplie au milieu d\u2019enfants et de t\u00e9moins, alors qu\u2019un adieu r\u00e9el est encore possible, alors que celui qui nous quitte existe encore et qu\u2019il est v\u00e9ritablement capable d\u2019\u00e9valuer ce qu\u2019il a voulu, ce qu\u2019il a atteint, de r\u00e9capituler sa vie. Tout cela en opposition avec la pitoyable com\u00e9die que joue le christianisme \u00e0 l\u2019heure de la mort. Jamais on ne pardonnera au christianisme d\u2019avoir abus\u00e9 de la faiblesse du mourant pour faire violence \u00e0 sa conscience, d\u2019avoir pris l\u2019attitude du mourant comme pr\u00e9texte \u00e0 un jugement sur l\u2019homme et son pass\u00e9 !<\/em><br \/>\n<em>Il s\u2019agit ici, en d\u00e9pit de toutes les l\u00e2chet\u00e9s du pr\u00e9jug\u00e9, de r\u00e9tablir l\u2019appr\u00e9ciation exacte, c\u2019est-\u00e0-dire physiologique, de ce qu\u2019on appelle la mort naturelle : cette mort qui, en d\u00e9finitive, n\u2019est point naturelle, mais r\u00e9ellement un suicide. On ne p\u00e9rit jamais par un autre que par soi-m\u00eame. Cependant, la mort dans les conditions les plus m\u00e9prisables, est une mort qui n\u2019est pas libre, qui ne vient pas en temps voulu, une mort de l\u00e2che. Par amour de la vie on devrait d\u00e9sirer une mort toute diff\u00e9rente, une mort libre et consciente, sans hasard et sans surprise [\u2026].<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Si notre propos n\u2019est pas d\u2019\u00e9puiser la richesse et la complexit\u00e9 des \u00e9crits du philosophe, ce texte de Nietzsche paru en 1889 \u00e9voque avec le ton strident qui lui est connu, de nombreux points du d\u00e9bat concernant la fin de vie et tente, \u00e0 demi-mot, d\u2019y apporter un d\u00e9nouement audacieux, voire os\u00e9.<\/p>\n<p>Pour replacer d\u2019embl\u00e9e le texte dans le d\u00e9bat contemporain, nous pourrions affirmer que Nietzsche semble se situer plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui \u00ab <em>pensent que mourir dans la dignit\u00e9 implique un droit<\/em> \u00bb, pour reprendre les termes de l\u2019avis sur la fin de vie, l\u2019arr\u00eat de vie et l\u2019euthanasie pr\u00e9sent\u00e9 en janvier 2000 pour le Conseil consultatif national d\u2019\u00e9thique (CCNE), bien qu\u2019il s\u2019en distingue par certains aspects. En effet, le malade ne doit pas devenir l\u2019objet d\u2019une technique m\u00e9dicale qui d\u00e9personnalise le sujet (\u00eatre \u00ab <em>esclave des m\u00e9decins et des pratiques m\u00e9dicales<\/em> \u00bb) et d\u00e9sapproprie l\u2019individu libre en pla\u00e7ant sa sant\u00e9 sous l\u2019\u00e9gide des diagnostics et de la proth\u00e9tique scientifique. Il s\u2019agit pour l\u2019individu de rester ma\u00eetre de sa vie en exer\u00e7ant, au terme de son existence, pleinement sa libert\u00e9 (\u00ab <em>la mort choisie librement<\/em> \u00bb) : il en va de la \u00ab fiert\u00e9 \u00bb des \u00eatres humains. Lorsque le philosophe \u00e9crit \u00ab <em>mourir fi\u00e8rement lorsqu\u2019il n\u2019est plus possible de vivre fi\u00e8rement<\/em> \u00bb, celui-ci d\u00e9passe la simple notion tant usit\u00e9e de nos jours de \u00ab dignit\u00e9 \u00bb. En effet, cette notion semble soit neutralis\u00e9e par les attributs juridiques, soit objectiv\u00e9e, \u00e9valu\u00e9e par des tiers (m\u00e9decins, familles voire personnalit\u00e9s politiques) d\u00e9tenteurs de crit\u00e8res souvent biais\u00e9s par la morale chr\u00e9tienne qui d\u00e9cr\u00e8te digne toute vie humaine. Or la fiert\u00e9 replace la fin de vie dans le cycle de la vie lui-m\u00eame et met en avant un sentiment personnel, li\u00e9 \u00e0 l\u2019ego, voire \u00e0 l\u2019orgueil, et surtout ancr\u00e9 dans une libert\u00e9 de choix qui assume les cons\u00e9quences de l\u2019acte.<\/p>\n<p>De plus, la philosophie nietzsch\u00e9enne prenant le corps comme fil conducteur (\u00ab <em>r\u00e9tablir l\u2019appr\u00e9ciation exacte, c\u2019est-\u00e0-dire physiologique<\/em> \u00bb) s\u2019accompagne du rejet de \u00ab<em> la d\u00e9ch\u00e9ance physique et intellectuelle<\/em> \u00bb pour reprendre les mots de l\u2019avis pr\u00e9cit\u00e9 du CCNE. Son vocabulaire est parlant : \u00ab <em>v\u00e9g\u00e9ter l\u00e2chement<\/em> \u00bb, \u00ab <em>la vie d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescente<\/em> \u00bb, \u00ab <em>faiblesse du mourant<\/em> \u00bb. Dans l\u2019approche du philosophe, chaque individu doit pouvoir prendre comme crit\u00e8re d\u2019\u00e9valuation la pl\u00e9nitude de ses possibilit\u00e9s \u00e0 travers la puissance physiologique : il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00e9carter toute faiblesse physique (ce dont pourraient l\u2019accuser des lecteurs un peu press\u00e9s) mais d\u2019affirmer avec courage que la vie sans sa pl\u00e9nitude n\u2019est pas digne de l\u2019humanit\u00e9 (et non l\u2019inverse, \u00e0 savoir que l\u2019homme doit s\u2019accrocher \u00e0 la vie, sous couvert de dignit\u00e9). Nietzsche \u00e9crit d\u2019ailleurs que \u00ab <em>ce qui importe, c\u2019est l\u2019\u00e9ternelle vivacit\u00e9 et non pas la vie \u00e9ternelle<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Car c\u2019est d\u2019\u00e9valuation qu\u2019il nous faut parler pour pouvoir r\u00e9appr\u00e9cier notre jugement sur la fin de vie quand \u00ab <em>arriv\u00e9 \u00e0 un certain \u00e9tat, il est inconvenant de vivre plus longtemps<\/em> \u00bb. La morale chr\u00e9tienne que fustige Nietzsche dans ses \u0153uvres a habitu\u00e9 les consciences au d\u00e9laissement du corps mais \u00e9galement \u00e0 la cachexie comme figure impos\u00e9e pour le mourant, dont la souffrance en fin de vie fait sens vers un rachat, un calvaire n\u00e9cessaire en vue d\u2019une r\u00e9demption. D\u2019o\u00f9 les mots durs contre la doctrine de l\u2019\u00c9glise qui professe encore un discours moralisant alors que la libert\u00e9 est affaiblie par la maladie : \u00ab <em>Jamais on ne pardonnera au christianisme d\u2019avoir abus\u00e9 de la faiblesse du mourant pour faire violence \u00e0 sa conscience, d\u2019avoir pris l\u2019attitude du mourant comme pr\u00e9texte \u00e0 un jugement sur l\u2019homme et son pass\u00e9.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Un jugement libre permet \u00e9galement de pouvoir choisir une fin qui cl\u00f4t le parcours de chacun. Le geste qui interrompt le fil de la vie marque une r\u00e9conciliation, un ach\u00e8vement (au sens o\u00f9 on parle souvent d\u2019\u00ab <em>achever<\/em> \u00bb pour \u00ab <em>mettre fin \u00e0 la vie<\/em> \u00bb) au moment opportun o\u00f9 quitter le monde et les hommes prend sens au regard du parcours de chacun. Ce regard jet\u00e9 sur sa propre vie n\u2019est ainsi possible qu\u2019\u00e0 travers \u00ab <em>une conscience libre et\u00a0 lucide<\/em> \u00bb, \u00e0 m\u00eame de juger de l\u2019existence : le malade \u00ab est v\u00e9ritablement capable d\u2019\u00e9valuer ce qu\u2019il a voulu, ce qu\u2019il a atteint, de r\u00e9capituler sa vie \u00bb. Si le texte n\u2019a pas la pr\u00e9tention de r\u00e9soudre les difficiles questions pos\u00e9es par l\u2019attitude \u00e0 tenir envers un malade priv\u00e9 de sa capacit\u00e9 libre de juger (la \u00ab <em>lucidit\u00e9<\/em> \u00bb renvoie au consentement \u00e9clair\u00e9) et de choisir (car l\u00e0 se joue la responsabilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 vis-\u00e0-vis d\u2019un seul de ses membres), le philosophe interpelle cependant les m\u00e9decins comme les individus. Le refus de l\u2019acharnement th\u00e9rapeutique (\u00ab <em>ne plus faire d\u2019ordonnances<\/em> \u00bb) pour les soignants renvoie au refus de l\u2019\u00ab <em>obstination \u00e0 v\u00e9g\u00e9ter l\u00e2chement<\/em> \u00bb, pour les malades. N\u00e9anmoins, il appara\u00eet que si la responsabilit\u00e9 incombe \u00e0 tous, celle de l\u2019individu est mise en avant car c\u2019est lui seul qui d\u00e9cide du moment opportun (il y aurait m\u00eame, non \u00ab <em>un droit<\/em> \u00bb mais \u00ab <em>un\u00a0devoir<\/em> \u00bb de mourir fi\u00e8rement).<\/p>\n<p>La r\u00e9appropriation de la mort par l\u2019individu \u00e9carte ainsi l\u2019empreinte technique pour redonner toute la dimension symbolique de la disparition au monde. Nietzsche s\u2019inscrit d\u2019ailleurs dans la filiation litt\u00e9raire des trag\u00e9diens quand il \u00e9voque la fin de vie et le d\u00e9part de l\u2019\u00eatre condamn\u00e9 comme une f\u00eate \u00ab <em>d\u2019un c\u0153ur joyeux, accomplie au milieu d\u2019enfants et de t\u00e9moins, alors qu\u2019un adieu r\u00e9el est encore possible<\/em> \u00bb. Le bonheur \u00e9clatant \u00e9clipsant les j\u00e9r\u00e9miades, les simagr\u00e9es et l\u2019obstination \u00e0 vivre sous le r\u00e9gime de la douleur, fait signe vers le registre d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 l\u2019acteur principal quitte la sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019acte final, entour\u00e9 de ses proches (\u00ab <em>les enfants<\/em> \u00bb repr\u00e9sentant la vie ascendante et la transmission de la m\u00e9moire) et des t\u00e9moins de son histoire (\u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la solitude du mourant et la peur de ne rien laisser). Ce th\u00e8me th\u00e9\u00e2tral renvoie aussi bien \u00e0 la trag\u00e9die grecque (o\u00f9 la mort surplombe la vie du h\u00e9ros et lui donne son sens) comme \u00e0 la formule de Shakespeare qui affirmait tenir \u00ab <em>ce monde pour ce qu\u2019il est : un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 chacun doit jouer son r\u00f4le<\/em> \u00bb (<em>Le Marchand de Venise<\/em>).<\/p>\n<p>Nietzsche n\u2019oublie pas la dimension dramatique du geste du mourant : \u00ab <em>La mort dans les conditions les plus m\u00e9prisables, est une mort qui n\u2019est pas libre, qui ne vient pas en temps voulu, une mort de l\u00e2che.<\/em> \u00bb La fin de vie suspendue aux volont\u00e9s de tierces personnes et des m\u00e9decins pose avec justesse la question : qui donne la mort ? Elle reporte la responsabilit\u00e9 sur les proches et les soignants, qui deviennent ainsi des justiciables, et la plupart des d\u00e9bats concernant l\u2019euthanasie cherchent seulement \u00e0 se d\u00e9faire de la question p\u00e9nale (meurtre avec pr\u00e9m\u00e9ditation, empoisonnement, suicide assist\u00e9, non-assistance \u00e0 personne en danger). Contrairement \u00e0 cela, Nietzsche pose d\u2019embl\u00e9e que toute mort, \u00ab <em>en d\u00e9finitive, n\u2019est point naturelle, mais r\u00e9ellement un suicide. On ne p\u00e9rit jamais par un autre que par soi-m\u00eame<\/em> \u00bb. En effet, \u00e0 mieux y regarder, c\u2019est toujours le corps p\u00e9rissable qui finit par abolir la conscience et l\u2019existence. Il faut donc comprendre suicide non comme \u00ab se tuer soi-m\u00eame \u00bb mais \u00ab soi-m\u00eame me tue \u00bb. D\u2019autant que dans l\u2019optique du texte, la ma\u00eetrise de la fin de vie par l\u2019individu doit r\u00e9\u00e9quilibrer le non-choix de la naissance (le geste de donner la vie comme celui de se donner la mort lorsque la maladie nous condamne rel\u00e8ve d\u2019une \u00ab d\u00e9livrance \u00bb). Ainsi le geste fier de celui-ci qui se sait destin\u00e9 \u00e0 mourir lib\u00e8re le m\u00e9decin d\u2019un acte m\u00e9dico-l\u00e9gal qui transgresse la d\u00e9ontologie et les proches d\u2019un geste \u00ab criminel \u00bb ou d\u2019un \u00ab crime compassionnel \u00bb. Ici, le geste acquiert une certaine beaut\u00e9 tragique et dans sa mise en sc\u00e8ne une certaine g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 envers la vie, \u00ab <em>le droit \u00e0 la vie<\/em> \u00bb : se donner la mort, voire se l\u2019offrir, plut\u00f4t que de la recevoir.<\/p>\n<h2>Pouvons-nous conclure ?<\/h2>\n<p>Dans une soci\u00e9t\u00e9 moderne o\u00f9 la mort est de plus en plus cach\u00e9e, o\u00f9 la souffrance mentale comme physique devient taboue car mal adapt\u00e9e culturellement \u00e0 la recherche de la sant\u00e9 parfaite, le texte de Nietzsche a le m\u00e9rite de replacer les enjeux du d\u00e9bat qui entoure la question de la fin de vie. Pour celui qui appelait le philosophe \u00e0 devenir \u00ab <em>le m\u00e9decin de la civilisation<\/em> \u00bb, le geste du mourant devient un acte d\u2019amour envers la vie, envers ses proches, envers la Soci\u00e9t\u00e9. Finalement, il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00eatre en vie \u00e0 tout prix (prolonger sa vie \u00e0 l\u2019extr\u00eame rel\u00e8ve aussi d\u2019un certain c\u00f4t\u00e9 de la performance), ni d\u2019inscrire une vie maladive, \u00e9corn\u00e9e, r\u00e9duite, m\u00e9dicalis\u00e9e dans une logique palliative, ni \u00e0 l\u2019inverse de pl\u00e9bisciter la performance du corps contre le m\u00e9pris de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, mais simplement de r\u00e9inscrire la symbolique de la mort dans un ultime processus vital \u00ab <em>apr\u00e8s que l\u2019on a perdu le sens de la vie<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Professionnels de sant\u00e9, nous devons enfin interroger notre m\u00e9thode et tracer les limites d\u2019une approche philosophique. En cela, et pour engager le dialogue, nous nous permettons de mettre en exergue la pertinence d\u2019une question pos\u00e9e par le CCNE dans son dernier avis rendu : \u00ab <em>Notre soci\u00e9t\u00e9 ne v\u00e9hicule-t-elle pas des repr\u00e9sentations id\u00e9alis\u00e9es de la \u201cbonne mort\u201d, y compris chez les soignants, alors m\u00eame que la pratique clinique les confronte \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 beaucoup plus difficile ?<\/em> \u00bb<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\"> (2)<\/sup><\/p>\n<h1>Difficile libert\u00e9<\/h1>\n<h2>La fin de vie : commentaire sur quelques r\u00e9flexions d\u2019Emmanuel L\u00e9vinas<\/h2>\n<p>\u00ab <em>Le \u201cTu ne tueras point\u201d est la premi\u00e8re parole du visage. Or c\u2019est un ordre. Il y a d\u00e8s l\u2019apparition du visage un commandement, comme si un ma\u00eetre me parlait. Pourtant, en m\u00eame temps, le visage d\u2019autrui est d\u00e9nu\u00e9, c\u2019est le pauvre pour lequel je peux tout et \u00e0 qui je dois tout.<\/em> \u00bb<br \/>\n\u00ab <em>Il y a d\u2019abord la droiture m\u00eame du visage, son exposition droite, sans d\u00e9fense. La peau du visage est celle qui me reste la plus nue, la plus d\u00e9nu\u00e9e. [\u2026] il y a dans le visage une pauvret\u00e9 essentielle [\u2026]. Le visage est expos\u00e9, menac\u00e9, comme nous invitant \u00e0 un acte de violence.<\/em> \u00bb<br \/>\nEmmanuel L\u00e9vinas, <em>\u00c9thique et Infini<\/em><\/p>\n<p>\u00ab <em>Soulager autrui qui souffre est certes de l\u2019ordre du sacrement, mais du plus saint que le sacr\u00e9 du sacrement, lequel ne serait que la modalit\u00e9 \u00e9teinte de la saintet\u00e9. J\u2019appelle saintet\u00e9 la perspective \u00e9thique elle-m\u00eame, la possibilit\u00e9 m\u00eame que la mort de l\u2019autre compte pour le moi davantage que la mienne.<\/em> \u00bb<br \/>\n\u00ab <em>L\u2019humain commence dans la saintet\u00e9 avec comme premi\u00e8re valeur ne pas laisser le prochain \u00e0 sa solitude, \u00e0 sa mort. Vocation m\u00e9dicale de l\u2019homme.<\/em> \u00bb<br \/>\nEmmanuel L\u00e9vinas, <em>in<\/em> Emmanuel Hirsch,\u00a0<em>M\u00e9decine et \u00e9thique. Le devoir d\u2019humanit\u00e9<\/em><\/p>\n<p>Il est devenu familier de croiser le chemin de la r\u00e9flexion d\u2019Emmanuel L\u00e9vinas pour le professionnel de sant\u00e9 qui se penche un tant soit peu s\u00e9rieusement sur l\u2019\u00e9thique m\u00e9dicale. La pens\u00e9e du philosophe fran\u00e7ais d\u2019origine lituanienne ne cesse d\u2019interroger en effet le rapport de l\u2019homme \u00e0 son semblable et de desceller la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 premi\u00e8re qu\u2019appelle autrui chez son prochain. Pour rentrer dans le c\u0153ur du sujet, l\u2019\u00e9thique l\u00e9vinassienne pose les questions auxquelles sont confront\u00e9s les proches du malade souffrant, tout comme les soignants et m\u00e9decins qui entourent ses jours les plus p\u00e9nibles \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Il n\u2019est donc pas hors de tout propos de souligner l\u2019importance de sa philosophie dans le d\u00e9bat sur la souffrance et la fin de vie.<\/p>\n<p>Contrairement au regard cisel\u00e9 et intempestif port\u00e9 par Nietzsche, L\u00e9vinas s\u2019inscrit dans une tradition ph\u00e9nom\u00e9nologique pour mettre en avant la relation interpersonnelle qui lie la responsabilit\u00e9 de l\u2019homme envers tout un chacun. Et cette relation trouve son sens dans la rencontre du visage d\u2019autrui. C\u2019est une relation incarn\u00e9e, de corps \u00e0 corps, o\u00f9 s\u2019expose \u00e0 moi un visage nu qui m\u2019affecte et appelle ma capacit\u00e9 \u00e0 agir vers lui (\u00ab <em>le visage d\u2019autrui est d\u00e9nu\u00e9, c\u2019est le pauvre pour lequel je peux tout et \u00e0 qui je dois tout<\/em> \u00bb). Autrui me touche en effet par la nudit\u00e9 de sa peau, le visage est toujours d\u00e9couvert, comme quelque chose d\u2019authentiquement fragile et qui convoque la compassion et la protection : \u00ab <em>La peau du visage est celle qui me reste la plus nue, la plus d\u00e9nu\u00e9e. [\u2026] il y a dans le visage une pauvret\u00e9 essentielle.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Cette fragilit\u00e9 de l\u2019autre dans ma relation \u00e0 lui, sa souffrance, fait signe vers ma responsabilit\u00e9 (litt\u00e9ralement \u00ab je dois r\u00e9pondre de lui \u00bb) et mon pouvoir. Qualifi\u00e9e de \u00ab philosophie premi\u00e8re \u00bb, l\u2019\u00e9thique chez L\u00e9vinas d\u00e9passe les fondements en raison que je pourrais constituer pour agir vers l\u2019autre et vient me saisir pour me convoquer devant l\u2019autre, comme un appel originel, voire \u00ab pr\u00e9originel \u00bb. La situation \u00e9thique fondamentale serait donc celle d\u2019une relation asym\u00e9trique o\u00f9 autrui nous appara\u00eetrait sous les traits d\u2019une douleur qui nous inqui\u00e8te, dans sa singularit\u00e9, dans sa qualit\u00e9 d\u2019\u00eatre fragile ou vuln\u00e9rable, dans sa qualit\u00e9 d\u2019\u00eatre souffrant.<\/p>\n<p>Cette relation \u00e9thique est aussi celle de la relation th\u00e9rapeutique qui s\u2019installe entre le m\u00e9decin, la famille et le patient en fin de vie dont les souffrances physiques et morales appellent \u00e0 la responsabilit\u00e9 de chacun. Il est ainsi fr\u00e9quent de justifier l\u2019euthanasie par l\u2019altruisme, car la demande ultime du malade qui se fait sous l\u2019emprise de la douleur et de la souffrance est un appel \u00e0 la responsabilit\u00e9 d\u2019autrui. Au contraire, \u00e9crit L\u00e9vinas, \u00ab <em>l\u2019\u00e9preuve supr\u00eame de la libert\u00e9 n\u2019est pas la mort, mais la souffrance<\/em> \u00bb<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\"> (3)<\/sup>. En cela, le philosophe se d\u00e9marque de Nietzsche qui affirmait que l\u2019acte libre ultime prenait son sens dans le don de la mort. Ici, la souffrance n\u2019est que l\u2019appel au \u00ab prendre soin \u00bb (\u00ab <em>comme premi\u00e8re valeur ne pas laisser le prochain \u00e0 sa solitude, \u00e0 sa mort<\/em> \u00bb). Un appel difficile et radical mais port\u00e9 \u00e9galement par l\u2019imp\u00e9ratif du visage qui m\u2019ordonne de l\u2019aimer et non de lui nuire : \u00ab <em>Le \u201cTu ne tueras point\u201d est la premi\u00e8re parole du visage. Or c\u2019est un ordre. Il y a d\u00e8s l\u2019apparition du visage un commandement, comme si un ma\u00eetre me parlait.<\/em> \u00bb Dans le secours de l\u2019autre, \u00ab l\u2019acte de violence \u00bb que je lui inflige, c\u2019est aussi de ne pas c\u00e9der \u00e0 la souffrance et \u00e0 ses manifestations.<\/p>\n<p>De cette mani\u00e8re, et pour reprendre les termes de l\u2019avis<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\"> (4)<\/sup> pr\u00e9sent\u00e9 en janvier 2000 par le CCNE, le philosophe fran\u00e7ais, \u00e0 l\u2019inverse de Nietzsche, se situerait parmi les partisans du \u00ab respect de toute vie humaine \u00bb dont un des fondements suppose que \u00ab le principe du respect \u00e0 tout prix de la vie ne pouvant \u00eatre m\u00e9connu par celui ou par ceux qui interrompraient une vie, l\u2019expression ambigu\u00eb d\u2019aide au suicide cache le fait que c\u2019est bien un tiers qui dispose d\u2019une vie qui n\u2019est pas la sienne \u00bb. Pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, la plainte d\u2019autrui appelle quelque chose en moi qui m\u2019interdit de lui nuire, et c\u2019est en cela que L\u00e9vinas insiste sur la \u00ab <em>vocation m\u00e9dicale de l\u2019homme<\/em> \u00bb (le terme \u00ab vocation \u00bb est \u00e0 prendre en son sens \u00e9tymologique d\u2019une \u00ab voix \u00bb qui appelle). Et de souligner que \u00ab <em>[\u2026] dans la souffrance, il y a un cri, une plainte [\u2026]. Le m\u00e9decin est celui qui entend cette plainte. Par cons\u00e9quent dans ce secours \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 ce premier appel \u00e0 l\u2019autre, la premi\u00e8re r\u00e9ponse est peut-\u00eatre une r\u00e9ponse de m\u00e9decin [\u2026] cette attente m\u00e9dicale de l\u2019autre constitue une des racines tr\u00e8s profondes de la relation inter-humaine<\/em> \u00bb.<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\"> (5)<\/sup><\/p>\n<p>Toutefois, nous devons nous questionner sur les limites d\u2019une telle comparaison entre l\u2019\u00e9thique de la responsabilit\u00e9 pour autrui pr\u00e9sente chez le philosophe et la relation pratique entre le m\u00e9decin et son patient. En effet, trois points nous semblent r\u00e9sister \u00e0 l\u2019analyse.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, L\u00e9vinas met en avant la sollicitude que tout homme doit ressentir pour son prochain, quel qu\u2019il soit et non pr\u00e9cis\u00e9ment pour le soignant ou le proche vis-\u00e0-vis du malade en fin de vie, m\u00eame si cette responsabilit\u00e9 appara\u00eet de fait comme plus pr\u00e9gnante pour le d\u00e9tenteur de la science m\u00e9dicale.\u00a0Ensuite, la relation asym\u00e9trique avec celui qui souffre est bien plus complexe dans la lettre du texte. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, nous pouvons y voir l\u2019obsession de consid\u00e9rer l\u2019autre comme essentiellement souffrant au risque de lui d\u00e9nier une part d\u2019autonomie dans le pouvoir que nous d\u00e9tenons \u00e0 son encontre ou d\u2019\u00eatre complaisant envers sa souffrance oubliant de prodiguer les actes les plus efficaces. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, nous pouvons esquisser \u00e9galement cette question avec Hugues Choplin : n\u2019y a-t-il pas \u00ab <em>domination de l\u2019Autre en tant que visage<\/em> \u00bb tant \u00ab <em>Autrui qui me domine dans sa transcendance est aussi l\u2019\u00e9tranger, la veuve et l\u2019orphelin envers qui je suis oblig\u00e9<\/em> \u00bb<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\"> (6)<\/sup> ? En effet, la relation \u00e0 Autrui est teint\u00e9e d\u2019une certaine violence (\u00ab <em>Il y a d\u00e8s l\u2019apparition du visage un commandement, comme si un ma\u00eetre me parlait<\/em> \u00bb) qui peut porter \u00e0 paralyser tout pouvoir sur l\u2019autre.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, la dimension religieuse ne peut pas \u00eatre \u00e9clips\u00e9e et doit au contraire \u00eatre mise en avant pour souligner la difficult\u00e9 \u00e0 confronter r\u00e9alit\u00e9 th\u00e9rapeutique et m\u00e9ditation m\u00e9taphysique. Chez L\u00e9vinas en effet, la d\u00e9marche v\u00e9ritablement \u00e9thique touche \u00e0 la saintet\u00e9 (\u00ab <em>Soulager autrui qui souffre est certes de l\u2019ordre du sacrement<\/em> \u00bb ; \u00ab <em>L\u2019humain commence dans la saintet\u00e9 avec comme premi\u00e8re valeur ne pas laisser le prochain \u00e0 sa solitude [\u2026]<\/em> \u00bb), et le visage d\u2019autrui expose dans une m\u00eame lumi\u00e8re une \u00ab trace de l\u2019Infini \u00bb, qui fait signe vers le \u00ab Tout Autre \u00bb, \u00ab le Tr\u00e8s-Haut \u00bb. Il semble d\u2019ailleurs de bon ton aujourd\u2019hui, et \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 certains regrettent la perte des traditions, de convoquer Emmanuel L\u00e9vinas pour exhorter les professionnels de sant\u00e9 \u00e0 retrouver les valeurs de sollicitude, de solidarit\u00e9 et de charit\u00e9 telles qu\u2019elles \u00e9taient encore v\u00e9hicul\u00e9es lorsque les bonnes s\u0153urs soignaient les malades (sur ce point, plut\u00f4t que de se cacher derri\u00e8re la philosophie, il suffirait de relire le \u00ab Cours de morale professionnelle pour la formation des aides-soignantes \u00bb de M. Marquet paru en 1960 dans le premier num\u00e9ro de <em>Gestions hospitali\u00e8res<\/em>).<\/p>\n<p>Enfin, notre dernier point fait une synth\u00e8se. Si la philosophie de L\u00e9vinas peut inviter le lecteur \u00e0 trouver en lui-m\u00eame des motifs d\u2019agir face aux situations inextricables auquel tout professionnel de sant\u00e9 est confront\u00e9, la relation th\u00e9rapeutique exc\u00e8de toutefois la r\u00e9duction qui est souvent faite du philosophe. La sollicitude vis\u00e9e par le philosophe se rapprocherait ainsi de l\u2019\u00ab \u00e9thique du care \u00bb qui fait figure de notion m\u00e9dico-sociale \u00e0 la mode pour repenser les relations soignant\/malade, sur fond de revendication f\u00e9ministe comme l\u2019a soulign\u00e9 Philippe Svandra<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\"> (7)<\/sup>. Or nous pouvons nous demander ce que deviennent les propos du philosophe concernant le cure, et notamment l\u2019activit\u00e9 chirurgicale : de quelle compassion doit faire preuve le praticien devant un corps constitu\u00e9 d\u2019organes \u00e0 op\u00e9rer ? Ne s\u2019abstient-il pas au contraire de tout pathos pour pouvoir mieux exercer son soin ? Que devient la r\u00e9flexion sur le visage quand on cache celui-ci sous un champ st\u00e9rile ? Peut-on dire que le chirurgien refuse le rapport \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 d\u2019autrui ?<\/p>\n<p>Ces quelques questions, nous nous permettons de les soumettre au lecteur, \u00e0 la fois pour ouvrir notre d\u00e9bat initial et pour conclure, comme pour Nietzsche, que le parall\u00e9lisme des approches philosophique et clinique trouve toujours des points d\u2019achoppement \u00e0 partir desquels le professionnel de sant\u00e9 doit se r\u00e9soudre \u00e0 trancher en son \u00e2me et conscience.<\/p>\n<script>function PlayerjsAsync(){} if(window[\"Playerjs\"]){PlayerjsAsync();}<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><span class=\"span-reading-time rt-reading-time\" style=\"display: block;\"><span class=\"rt-label rt-prefix\">Temps de lecture\u00a0: <\/span> <span class=\"rt-time\"> 14<\/span> <span class=\"rt-label rt-postfix\">minutes<\/span><\/span>Le tr\u00e9pas vient tout gu\u00e9rir. Mais ne bougeons d\u2019o\u00f9 nous sommes. 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