

{"id":46506,"date":"2023-04-01T16:48:42","date_gmt":"2023-04-01T14:48:42","guid":{"rendered":"https:\/\/gestions-hospitalieres.fr\/?p=46506"},"modified":"2023-05-09T10:55:59","modified_gmt":"2023-05-09T08:55:59","slug":"bonnes-et-mauvaises-fatigues-des-soignants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ricom-web8.com\/gestions\/bonnes-et-mauvaises-fatigues-des-soignants\/","title":{"rendered":"Bonnes et mauvaises fatigues des soignants"},"content":{"rendered":"<span class=\"span-reading-time rt-reading-time\" style=\"display: block;\"><span class=\"rt-label rt-prefix\">Temps de lecture\u00a0: <\/span> <span class=\"rt-time\"> 10<\/span> <span class=\"rt-label rt-postfix\">minutes<\/span><\/span><p>Combien l\u2019humanit\u00e9 serait plus heureuse si, au lieu de consid\u00e9rer le travail comme la ran\u00e7on de l\u2019existence, elle le consid\u00e9rait comme le d\u00fb\u2009\u00bb, disait bellement Rodin<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(1)<\/sup>, ajoutant qu\u2019il aimait tellement son m\u00e9tier qu\u2019il aurait volontiers pay\u00e9 pour avoir le droit de sculpter. Soit, mais consid\u00e9rer le travail comme un d\u00fb n\u2019est possible que si, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 l\u2019origine \u00e9tymologique du mot qui voudrait qu\u2019il f\u00fbt une \u00ab\u2009torture\u2009\u00bb<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(2)<\/sup>, il est possible d\u2019aimer son travail. Or, la chose dans le monde soignant me semble aujourd\u2019hui devenue plus rare que jadis. Sur quoi fonder cette impression\u2009? Sur l\u2019\u00e9coute r\u00e9cente de mes \u00e9tudiants soignants, engag\u00e9s en formation continue dans l\u2019aventure d\u2019un master de philosophie, soutenant leur m\u00e9moire, o\u00f9 il me sembla que dans leurs propos revenait, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une basse continue, cette plainte\u2009: \u00ab\u2009Il m\u2019est de plus en plus difficile d\u2019aimer mon travail.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Or, qui aime son travail court la chance d\u2019y ressentir de bonnes fatigues\u2009; qui peine \u00e0 le faire court le risque d\u2019y conna\u00eetre plut\u00f4t de mauvaises fatigues. La premi\u00e8re hypoth\u00e8se que je soumettrai ici \u00e0 la critique vient du fait que le travail des soignants est de moins en moins un m\u00e9tier, de plus en plus un emploi. La deuxi\u00e8me que les mauvaises fatigues y sont de plus en plus courantes. La troisi\u00e8me qu\u2019il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer d\u2019en conna\u00eetre encore de bonnes.<\/p>\n<h1>Du m\u00e9tier \u00e0 l\u2019emploi<\/h1>\n<p>Car une chose est le m\u00e9tier, autre chose l\u2019emploi. Il est possible d\u2019aimer le premier. Gu\u00e8re le second. Le premier peut \u00eatre pour l\u2019\u00eatre humain qui l\u2019exerce l\u2019un des moyens de son accomplissement terrestre\u2009; le second ce qu\u2019il faut bien trouver pour avoir le droit de s\u00e9journer sur cette terre si l\u2019on n\u2019a pas la chance d\u2019\u00eatre rentier. Il peut arriver que le m\u00e9tier soit v\u00e9cu comme un d\u00fb. L\u2019emploi l\u2019est trop souvent comme une ran\u00e7on.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le ici propos\u00e9 de tout m\u00e9tier est bien s\u00fbr le mod\u00e8le artisanal (ou artiste). Or on sait que le corps du violoniste n\u2019est pas celui du pianiste, de m\u00eame que le corps du marathonien n\u2019est pas celui du nageur (qui hors du bassin se m\u00e9tamorphose en albatros baudelairien maladroit, que ses bras de g\u00e9ant emp\u00eachent de marcher). Il y a donc une heureuse d\u00e9formation professionnelle, qui doit peu \u00e0 l\u2019enseignement th\u00e9orique, mais beaucoup \u00e0 celui de l\u2019empirie. Il faut donc du temps pour arriver jusqu\u2019au c\u0153ur de son m\u00e9tier. L\u2019exp\u00e9rience, la pratique, la patience et la longueur du temps, l\u2019observation et les conseils des anciens font que, petit \u00e0 petit, il devient une sorte de seconde nature. Alors on s\u2019incorpore son m\u00e9tier, ses ficelles, ses r\u00e8gles, ses us et ses coutumes, ses secrets, ses mots \u2013 car comme P. Perret l\u2019a montr\u00e9 dans un beau livre<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(3)<\/sup>, les cordonniers, les garagistes et les luthiers ont leurs mots qu\u2019eux seuls ont forg\u00e9s\u2009; on y ajoutera les psychanalystes, les cuisiniers, les com\u00e9diens, et donc les infirmiers. Cette incorporation est \u00e9galement \u00e0 prendre en son sens propre et non m\u00e9taphorique, en cela que le corps est modifi\u00e9 par les v\u00eatements, les chaussures qu\u2019on porte, les gestes que l\u2019on fait tous les jours depuis tant d\u2019ann\u00e9es, les odeurs qu\u2019on sent, les lumi\u00e8res et les ombres qu\u2019on per\u00e7oit, la plus ou moins grande qualit\u00e9 ergonomique des espaces, des portes, des ascenseurs, des couloirs, des fen\u00eatres\u2026 Et quand le corps du soignant se meut avec aisance, ductilit\u00e9<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(4)<\/sup>, souplesse dans l\u2019h\u00f4pital, il arrive que le plaisir de constater sa propre ma\u00eetrise, voire sa propre virtuosit\u00e9 dans son exercice, fasse oublier la peine et la fatigue qui sont l\u2019in\u00e9vitable cort\u00e8ge de tout travail, et qu\u2019en effet, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019amour, le m\u00e9tier devienne l\u2019un des moyens de l\u2019accomplissement de soi.<\/p>\n<p>Il semble pourtant aujourd\u2019hui que le monde du travail consid\u00e8re bien peu la notion de m\u00e9tier, exigeant de tous une polyvalence, une adaptabilit\u00e9, une mobilit\u00e9 toujours plus grandes, de sorte qu\u2019il me semble devenir un monde o\u00f9 n\u2019existent plus que des emplois. Il faudrait \u00eatre capable de changer de travail plusieurs fois dans sa vie, et si l\u2019on n\u2019en change, de le faire \u00e0 la fin de sa carri\u00e8re d\u2019une tout autre fa\u00e7on qu\u2019en son d\u00e9but. Et voil\u00e0 le commis boulanger, que son patron ne peut garder, d\u2019\u00eatre employ\u00e9 par la grande surface du coin o\u00f9 s\u2019effrangera peu \u00e0 peu l\u2019estime qu\u2019il avait de lui\u00a0: \u00e0 quoi lui sert sa connaissance du pain puisqu\u2019il passe ses journ\u00e9es \u00e0 faire chauffer de mauvaises baguettes pr\u00e9d\u00e9coup\u00e9es, \u00e0 ranger des pains au chocolat et des mille-feuilles industriels quand il ne remplit pas \u00e0 genoux les rayons de bricolage\u2009? Et pour en venir \u00e0 notre sujet\u2009: comment le m\u00e9tier pourrait-il \u00eatre v\u00e9cu comme le d\u00fb de son existence par l\u2019infirmi\u00e8re qu\u2019on oblige \u00e0 travailler \u00ab\u2009en mode d\u00e9grad\u00e9\u2009\u00bb, \u00e0 passer de plus en plus de temps devant l\u2019ordinateur \u00e0 \u00ab\u2009encoder\u2009\u00bb les actes th\u00e9rapeutiques, au point de n\u2019en plus gu\u00e8re avoir pour \u00e9couter, des vieilles patientes, \u00ab\u2009c\u2019que leurs pauvres mains racontent<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(5)<\/sup>\u00bb\u2009? Le sera-t-il plus par l\u2019universitaire qui, tous les cinq ans, doit \u00ab\u2009renseigner\u2009\u00bb des dizaines de tableaux Excel pour que l\u2019Agence d\u2019\u00e9valuation de la recherche et de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur \u00e9value ses \u00ab\u2009marges de progression\u2009\u00bb, au point qu\u2019il peut lui sembler que le faire-savoir importe d\u00e9sormais plus que le savoir-faire\u2009?<\/p>\n<p>Tout se passe comme si les temps exigeaient que le violoniste se mette au piano, le boulanger \u00e0 la boucherie, le neurochirurgien \u00e0 l\u2019informatique, le soignant au management \u2013 et que tous parlent la m\u00eame novlangue, satur\u00e9e d\u2019acronymes et de paroles gel\u00e9es. De l\u00e0 un sentiment de d\u00e9racinement comme Simone\u00a0Weil sut si bien dire, tout se passant comme si nombre de travailleurs aimant leur m\u00e9tier \u00e9taient \u00e0 la recherche du c\u0153ur dudit m\u00e9tier, comme Mme de R\u00e9nal \u00e0 la recherche du c\u0153ur de Julien Sorel. C\u0153ur si proche en m\u00eame temps si loin\u2026 Cette inqui\u00e9tude et ce d\u00e9sarroi sont palpables.<\/p>\n<p>Sommes-nous en train de nous laisser aller \u00e0 certaines passions nostalgiques \u2013 et l\u2019on sait que le geste nostalgique est toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un geste d\u2019id\u00e9alisation du pass\u00e9\u2009? Pas n\u00e9cessairement, et son \u00e9loge de l\u2019enracinement n\u2019emp\u00eacha pas S.\u2009Weil de dire la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un certain d\u00e9racinement. On ne r\u00e9sistera pas au processus d\u2019indiff\u00e9renciation, de marchandisation et de perp\u00e9tuelle transformation du monde hospitalier par un repli identitaire sur les imm\u00e9moriales \u00ab\u2009r\u00e8gles de l\u2019art\u2009\u00bb, car on sait que le repli est toujours source de violences.<\/p>\n<p>Mais on voudrait qu\u2019aux soignants f\u00fbt permis un \u00e9quilibre entre la fid\u00e9lit\u00e9 et l\u2019innovation, entre l\u2019organisation et l\u2019improvisation, la certitude et l\u2019incertitude, l\u2019habitude et l\u2019\u00e9v\u00e9nement, le retour du m\u00eame et la surrection de l\u2019autre, la circularit\u00e9 et la lin\u00e9arit\u00e9. Or cet \u00e9quilibre s\u2019est perdu, pourtant tr\u00e8s n\u00e9cessaire aux humains, pour cette raison que sans habitudes ils ne sauraient accueillir l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u2009; priv\u00e9s de toute circularit\u00e9 ils vivraient la lin\u00e9arit\u00e9 comme une errance\u2009; sans nulle fid\u00e9lit\u00e9 ils ne pourraient go\u00fbter les charmes de la <i>novellet\u00e9<\/i><sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(6)<\/sup>\u2009; sans un minimum d\u2019enracinement ils ne vivraient pas le d\u00e9racinement comme une libert\u00e9.<\/p>\n<p>Honorable nous semblerait le combat pour la r\u00e9invention dans le monde hospitalier de cet \u00e9quilibre perdu, combat susceptible de rendre ce monde plus humain. Y vivant de nouveau leur travail comme un m\u00e9tier plut\u00f4t que comme un emploi, les soignants auraient le bonheur de pouvoir le consid\u00e9rer comme le d\u00fb de leur existence, plut\u00f4t que comme sa ran\u00e7on.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Ils pourraient alors de nouveau y conna\u00eetre de bonnes plut\u00f4t que de mauvaises fatigues.<\/p>\n<h1>Mauvaises fatigues<\/h1>\n<p>Le terriblement pessimiste et merveilleusement dr\u00f4le Cioran \u2013 les titres de ses \u0153uvres sont, au minimum, <i>De l\u2019inconv\u00e9nient d\u2019\u00eatre n\u00e9<\/i>, <i>Sur les cimes du d\u00e9sespoir, Pr\u00e9cis de d\u00e9composition\u2026<\/i> \u2013 disait \u00e0 la fin de sa vie qu\u2019il n\u2019est qu\u2019une raison justifiant v\u00e9ritablement le suicide. Serait-ce l\u2019absence de Dieu (Cioran, fils d\u2019un pope roumain, perdit la foi \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 18\u00a0ans)\u2009? \u2013 Que nenni\u2009! Enfin d\u00e9barrass\u00e9\u2009! Serait-ce alors le chagrin d\u2019amour\u2009? \u2013 Pas plus\u2009! Car apr\u00e8s qu\u2019on a souffert, quel plaisir de se vivre en beau t\u00e9n\u00e9breux, en t\u00e9n\u00e9breux nervalien\u2009! \u00abJe suis le t\u00e9n\u00e9breux, le veuf, l\u2019inconsol\u00e9 \/Le Prince d\u2019Aquitaine \u00e0 la tour abolie\/Ma seule \u00e9toile est morte, et mon luth constell\u00e9\/Porte le soleil noir de la m\u00e9lancolie.\u00bb Non, disait Cioran, ni l\u2019inexistence de Dieu ni le chagrin d\u2019amour ne sauraient justifier \u00ab\u2009l\u2019autolyse\u2009\u00bb. La seule justification s\u00e9rieuse du suicide, ajoutait-il, ce sont les tracasseries administratives fran\u00e7aises\u2026 Et notre auteur de pester contre le fait d\u2019avoir d\u00fb, comme r\u00e9fugi\u00e9 roumain, faire la queue trois heures devant la sous-pr\u00e9fecture pour avoir renouvellement de sa carte de s\u00e9jour avant d\u2019\u00eatre pri\u00e9 de revenir quinze jours plus tard parce que le bureau fermait \u00e0 midi et qu\u2019il \u00e9tait midi une\u2026 Ou bien encore pester de voir son dossier rejet\u00e9 parce que n\u2019y figuraient que dix-sept\u00a0pi\u00e8ces sur les dix-huit\u00a0exig\u00e9es.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il ne faut pas prendre Cioran totalement au s\u00e9rieux. Il n\u2019y a pas l\u00e0 cause \u00e0 se suicider. Mais peut-\u00eatre raison d\u2019avoir envie de changer de m\u00e9tier puisqu\u2019il n\u2019est plus un m\u00e9tier. Ainsi, qui niera qu\u2019une des raisons faisant que de plus en plus de soignants aient \u00ab\u2009de plus en plus de mal \u00e0 continuer d\u2019aimer leur m\u00e9tier\u2009\u00bb, ce soit ces tracasseries, l\u2019obligation d\u2019encoder les \u00ab\u2009actes\u2009\u00bb, l\u2019impression que les gestes essentiels du soin, tels le sourire, la prise d\u2019une main dans la sienne, l\u2019\u00e9coute, ne re\u00e7oivent nulle consid\u00e9ration \u00e0 l\u2019heure de la tarification \u00e0 l\u2019activit\u00e9 (T2A)\u2009? S\u2019y ajoutent, me semble-t-il, cette fa\u00e7on qu\u2019a le monde gestionnaire d\u2019imposer aux soignants une langue qui n\u2019est pas la leur. Langue satur\u00e9e d\u2019acronymes, de formules \u00e0 la louable intention \u2013 \u00ab\u2009d\u00e9marche qualit\u00e9\u2009\u00bb, \u00ab\u2009bientraitance\u2009\u00bb, <i>care<\/i>, etc. \u2013 mais formules n\u2019\u00e9tant pas le produit immanent du monde des soignants, ce qui peut leur donner l\u2019impression qu\u2019on va leur apprendre leur m\u00e9tier, voire qu\u2019on les soup\u00e7onne d\u2019\u00eatre des maltraitants en puissance, alors que l\u2019immense majorit\u00e9 des soignants sont \u00ab\u2009bientraitants\u2009\u00bb, comme M.\u00a0Jourdain \u00e9tait prosateur, sans le savoir\u2026<\/p>\n<p>Souffrant de tout cela, et bien s\u00fbr du sous-effectif, de l\u2019obligation de m\u00e9caniser leurs t\u00e2ches, que vont devenir les plus consciencieux des soignants\u2009? C\u2019est-\u00e0-dire ceux qui tentent malgr\u00e9 tout de faire du mieux possible leur m\u00e9tier\u2009?<\/p>\n<p>Eh bien des fatigu\u00e9s, bient\u00f4t des \u00e9puis\u00e9s et, enfin, si l\u2019on n\u2019y prend garde, des souffrants en <i>burn-out<\/i>.<\/p>\n<p>Car ce sont des consciencieux que je voudrais parler \u2013 et non des paresseux, n\u00e9gligents, indiff\u00e9rents qui, certes, toujours soucieux de s\u2019\u00e9conomiser, s\u2019\u00e9pargner, se r\u00e9server eux-m\u00eames ne risquent en rien le <i>burn-out<\/i>\u2009! Car il ne faut pas confondre la fatigue et la paresse, laquelle est une esp\u00e8ce de fatigue par anticipation ou une anticipation de la fatigue. Le paresseux qui se l\u00e8ve matin \u2013 que dis-je\u2009? qui se l\u00e8ve \u00e0 midi\u2009! \u2013 n\u2019est pas fatigu\u00e9, mais il ne va rien faire parce qu\u2019il risque de l\u2019\u00eatre\u2009! Ce que craint le paresseux, ce n\u2019est pas la fatigue mais sa possibilit\u00e9\u2009! Voire la possibilit\u00e9 de la possibilit\u00e9 de sa possibilit\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Il vaut mieux prendre un paresseux pour un fatigu\u00e9 qu\u2019un fatigu\u00e9 pour un paresseux. Et sans doute la paresse est-elle chose rare dans le monde hospitalier. Mais il fallait lever cette hypoth\u00e8que pour en effet s\u2019int\u00e9resser aux soignants qui tentent, dans un monde bien difficile, de continuer de faire leur m\u00e9tier.<\/p>\n<h1>Que seront leurs fatigues\u2009?<\/h1>\n<p>Malheureusement pas ces bonnes fatigues de l\u2019enfance que nous connaissions apr\u00e8s une journ\u00e9e de jeux joyeux, ou ces bonnes fatigues qu\u2019adultes connaissent le sportif vainqueur, les amoureux qui ont cueilli dans les bras l\u2019un de l\u2019autre toute la nuit les doux fruits d\u2019amour \u2013 ou le soignant qui aime son m\u00e9tier et s\u2019y sent reconnu, qui \u00e0 la fin de la journ\u00e9e, de la semaine, du mois ou de l\u2019ann\u00e9e, a l\u2019impression du travail bien fait, du devoir accompli\u00a0: tous personnages \u00e9videmment fatigu\u00e9s, car ayant donn\u00e9 toutes leurs forces, l\u2019un dans le jeu, les autres dans l\u2019amour, le troisi\u00e8me dans le travail\u2009! Mais l\u2019\u00e9tant bonnement, parce que la joie de la victoire, celle de l\u2019amour partag\u00e9, et ce que Kant nomme le \u00ab\u2009plaisir moral\u2009\u00bb engendr\u00e9 par le sentiment du devoir accompli sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9fatigants. La bonne fatigue<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(7)<\/sup> est fatigue du corps mais non point de l\u2019\u00e2me, laquelle est rafra\u00eechie par les joies et le plaisir dits, et trouve dans le repos non pas son rem\u00e8de mais sa r\u00e9compense, parce que ce repos sera le \u00ab\u2009sommeil du juste\u2009\u00bb, r\u00e9parateur m\u00eame si de quelques heures seulement.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Qu\u2019on ne se m\u00e9prenne\u2009: nul dualisme du corps et de l\u2019\u00e2me n\u2019est ici sugg\u00e9r\u00e9\u2009! Mais une fatigue du corps peut s\u2019oublier quand l\u2019\u00e2me se porte bien, et si elle ne s\u2019oublie trouve plus facilement dans le repos son rem\u00e8de qu\u2019une fatigue de l\u2019\u00e2me, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019une lassitude.<\/p>\n<p>Vitamine C, magn\u00e9sium, caf\u00e9ine, modafinil, ginseng, serpolet, gel\u00e9e royale, ang\u00e9lique, amph\u00e9tamine, provigil ne peuvent en revanche pas grand-chose contre une lassitude, contre l\u2019impression que ce m\u00e9tier jadis aim\u00e9 n\u2019en est plus un, notamment en raison des injonctions contradictoires qui ne cessent de venir \u00e0 qui le pratique\u2009: \u00eatre plus \u00ab\u2009efficient\u2009\u00bb en m\u00eame temps que plus \u00ab\u2009\u00e9thique\u2009\u00bb, ne pas perdre de temps mais \u00e9couter, etc.<\/p>\n<p>Mauvaises fatigues\u2009? Oui, celles du sportif vaincu, des amoureux qui rencontrent le fiasco \u2013 et donc du soignant qui a l\u2019impression du travail mal fait, du devoir inaccompli. Cherchant dans le repos un rem\u00e8de, ces fatigu\u00e9s ne le trouveront tristement pas, parce que leur sommeil sera sommeil de l\u2019injuste, c\u2019est-\u00e0-dire non pas le sommeil dans lequel se gliss\u00e8rent voluptueusement Montaigne ou Philippe Noiret dans <i>Alexandre le Bienheureux<\/i>, mais le sommeil dans lequel ils tomberont comme masses, en sortant h\u00e9b\u00e9t\u00e9s\u2009; ou bien un sommeil bient\u00f4t travers\u00e9 de moments d\u2019insomnie, ce que Baudelaire nommait \u00ab\u2009ces vagues terreurs de nos affreuses nuits qui compriment notre c\u0153ur comme un papier qu\u2019on froisse<sup class=\"appel\" data-toggle=\"modal\" data-target=\"#notes\">(8)<\/sup>\u2009\u00bb. Comme dans ces moments d\u2019angoisse on exag\u00e8re la gravit\u00e9 des difficult\u00e9s existentielles dans lesquelles on est pris, n\u2019y trouvant nulle solution\u2009!<\/p>\n<p>Le corps et l\u2019\u00e2me \u00e9galement endoloris, il faudra pourtant se lever, se laver, s\u2019habiller, puis cheminer longuement jusqu\u2019\u00e0 son h\u00f4pital \u2013 car dans les grandes villes et d\u2019abord Paris il est difficile d\u2019habiter pr\u00e8s de son lieu de travail \u2013 et tenter parfois en vain de continuer d\u2019aimer son m\u00e9tier\u2026<\/p>\n<p>En somme, comme on comprend le chagrin de nombre de soignants et leur tentation de le quitter, cet emploi o\u00f9 les mauvaises fatigues depuis si longtemps install\u00e9es alt\u00e8rent le rapport \u00e0 soi-m\u00eame, aux autres et au monde\u2009! D\u2019autant plus que, souvent, les soignants n\u2019osent en parler, n\u2019osent s\u2019en plaindre quand ils comparent cette douleur en veilleuse, cette sourde tristesse, ce malaise engourdi \u00e0 ce que vivent de bien plus terrible cette jeune patiente d\u00e9couronn\u00e9e par la chimioth\u00e9rapie qui va bient\u00f4t mourir, cette m\u00e8re qui va perdre son enfant, ce grand br\u00fbl\u00e9 ou encore ce traumatis\u00e9 cr\u00e2nien qui sent sonner le glas du \u00ab\u2009plus jamais\u2009\u00bb\u2026 Du soignant comme \u00ab\u2009soi-niant\u2009\u00bb\u2009: la formule est bien connue, mais juste.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Une belle expression de la langue fran\u00e7aise veut qu\u2019une lettre qui n\u2019a pas trouv\u00e9 son destinataire soit une lettre \u00ab\u2009en souffrance\u2009\u00bb. Renverser cette belle expression ne permet-il pas de comprendre qu\u2019il n\u2019est de pire souffrance que celle qui ne trouve pas de destinataire, ou un destinataire indiff\u00e9rent, sourd, n\u00e9gligent\u2009? L\u2019\u00e9coute des fatigues des soignants n\u2019est-elle pas un devoir \u00e9thico-politique de la plus urgente n\u00e9cessit\u00e9\u2009? Si fait\u2009! Et l\u2019on voudrait qu\u2019en effet l\u2019\u00e9thique passe vite le relais \u00e0 la politique pour qu\u2019une r\u00e9organisation du monde hospitalier permette d\u2019une part qu\u2019aux soignants d\u2019aujourd\u2019hui soient, autant que faire se peut, \u00e9vit\u00e9es les mauvaises fatigues, d\u2019autre part que cette r\u00e9organisation leur fasse retrouver de ces bonnes fatigues qui ont la vertu de redonner le go\u00fbt des choses, comme sont les bonnes fatigues de l\u2019enfance ou celles induites par le plaisir moral du travail bien fait, du devoir accompli.<\/p>\n<blockquote><p>Parions que \u00ab\u2009prendre soin des soignants\u2009\u00bb pourra les aider \u00e0 retrouver le sens d\u2019un des m\u00e9tiers les plus essentiels \u00e0 la promotion de l\u2019humanit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<h1>Le vert paradis des fatigues enfantines est-il d\u00e9j\u00e0 plus loin que l\u2019Inde et la Chine\u2009?<\/h1>\n<p>Mais en attendant cette n\u00e9cessaire, imp\u00e9rieuse r\u00e9organisation, nous voudrions terminer par une pens\u00e9e pour les soignants qui, malgr\u00e9 leurs difficult\u00e9s, ne songent pas \u00e0 quitter leur navire. \u00c0 quoi tiennent-ils\u2009? Ce qui est fa\u00e7on de demander\u2009: \u00e0 quoi attachent-ils de l\u2019importance, qu\u2019est-ce qui leur permet de \u00ab\u2009tenir\u2009\u00bb\u2009\u2009? Eh bien peut-\u00eatre qu\u2019il leur est malgr\u00e9 tout encore possible de vivre une journ\u00e9e du genre que nous allons d\u00e9crire\u2026<\/p>\n<p>Nous sommes un beau matin de mai. Notre soignante se r\u00e9veille de fort bonne humeur, ayant dormi du sommeil du juste. Elle ouvre les fen\u00eatres et constate que le temps est exactement ce qu\u2019elle d\u00e9sirait qu\u2019il f\u00fbt\u2009: il fait beau \u00e0 Bordeaux ce matin\u2009! Le miroir lui renvoie belle image. Le petit d\u00e9jeuner avec son conjoint n\u2019est qu\u2019harmonie \u2013 avec ce que l\u2019on pourrait appeler un c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u2009ami Ricor\u00e9\u2009\u00bb\u2026 Elle sort dans les rues de la ville. Elle vit la vie comme un cadeau plut\u00f4t que comme un fardeau, un inconnu lui offre des fleurs\u2026 Arriv\u00e9e sur son lieu de travail, on la complimente sur sa fa\u00e7on de l\u2019exercer. Puis elle entre dans une chambre o\u00f9 l\u2019attend une vieille dame qui, malgr\u00e9 sa maladie, a la force de lui dire sa gratitude, sa reconnaissance\u2009:<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>\u2013 Oh j\u2019aime bien quand c\u2019est vous qui venez\u2026 Vous \u00eates mon petit rayon de soleil\u2009!<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>\u2013 Mais je ne fais que mon m\u00e9tier\u2009!<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>\u2013 Oh non, votre sourire m\u2019aide tant\u2026<br \/>\nEt la vieille main de s\u2019unir \u00e0 la jeune main.<\/p>\n<p>Oui, on peut toujours r\u00eaver\u2009!<\/p>\n<p>Mais ce genre de sc\u00e8nes continuent d\u2019exister\u2009: lorsque, sortant de la sph\u00e8re prosa\u00efque du \u00ab\u2009donnant-donnant\u2009\u00bb o\u00f9 s\u00e9vit la logique d\u2019\u00e9quivalence, un patient \u2013 par un sourire, un merci, un geste g\u00e9n\u00e9reux \u2013 fait entrer le soignant dans la sph\u00e8re po\u00e9tique du don, o\u00f9 s\u00e9vit la logique de surabondance, alors c\u2019est comme si l\u2019emploi se changeait en m\u00e9tier et la mauvaise fatigue en bonne.<\/p>\n<p>Rien de magique dans cette m\u00e9tamorphose, malheureusement devenue rare\u2009! Mais parions que \u00ab\u2009prendre soin des soignants\u2009\u00bb pourra les aider \u00e0 retrouver le sens d\u2019un des m\u00e9tiers les plus essentiels \u00e0 la promotion de l\u2019humanit\u00e9\u2026<\/p>\n<script>function PlayerjsAsync(){} if(window[\"Playerjs\"]){PlayerjsAsync();}<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><span class=\"span-reading-time rt-reading-time\" style=\"display: block;\"><span class=\"rt-label rt-prefix\">Temps de lecture\u00a0: <\/span> <span class=\"rt-time\"> 10<\/span> <span class=\"rt-label rt-postfix\">minutes<\/span><\/span>Combien l\u2019humanit\u00e9 serait plus heureuse si, au lieu de consid\u00e9rer le travail comme la ran\u00e7on de l\u2019existence, elle le consid\u00e9rait comme le d\u00fb\u2009\u00bb, disait bellement Rodin(1), ajoutant qu\u2019il aimait tellement son m\u00e9tier qu\u2019il aurait volontiers pay\u00e9 pour avoir le droit de sculpter. Soit, mais consid\u00e9rer le travail comme un d\u00fb n\u2019est possible que si, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 l\u2019origine \u00e9tymologique du mot qui voudrait qu\u2019il f\u00fbt une \u00ab\u2009torture\u2009\u00bb(2), il est possible&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":23133,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_relevanssi_hide_post":"","_relevanssi_hide_content":"","_relevanssi_pin_for_all":"","_relevanssi_pin_keywords":"","_relevanssi_unpin_keywords":"","_relevanssi_related_keywords":"","_relevanssi_related_include_ids":"","_relevanssi_related_exclude_ids":"","_relevanssi_related_no_append":"","_relevanssi_related_not_related":"","_relevanssi_related_posts":"","_relevanssi_noindex_reason":"","footnotes":""},"categories":[26,2],"tags":[4787,8573,1369,1079,1283,361],"class_list":["post-46506","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-dossier","category-gestions-hospitalieres","tag-emploi","tag-fatigue","tag-metier","tag-satisfaction","tag-soignant","tag-travail"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v24.8.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Bonnes et mauvaises fatigues des soignants - Gestions hospitali\u00e8res<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.ricom-web8.com\/gestions\/bonnes-et-mauvaises-fatigues-des-soignants\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Bonnes et mauvaises fatigues des soignants - Gestions hospitali\u00e8res\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Temps de lecture\u00a0:  10 minutesCombien l\u2019humanit\u00e9 serait plus heureuse si, au lieu de consid\u00e9rer le travail comme la ran\u00e7on de l\u2019existence, elle le consid\u00e9rait comme le d\u00fb\u2009\u00bb, disait bellement Rodin(1), ajoutant qu\u2019il aimait tellement son m\u00e9tier qu\u2019il aurait volontiers pay\u00e9 pour avoir le droit de sculpter. 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